XVMfa8b2cec-6e74-11e5-8344-354c6a2a7ee0De gauche à droite, la présidente de l'Union des employeurs tunisiens Wided Bouchamaoui, le Secrétaire général de l'Union générale tunisienne du travail Houcine Abbassi, le président de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme Abdessattar Ben Moussa et le président de l'Association nationale du barreau Mohamed Fadhel Mahmoud, lors d'une conférence de presse à Tunis le 21 septembre 2013. Crédits photo : ANIS MILI/REUTERS

VIDÉO - La prestigieuse récompense a consacré vendredi les syndicats tunisiens organisateurs du «dialogue national» qui a permis, fin 2013, de relancer le processus démocratique dans ce pays et de sauver les acquis de la «révolution de jasmin».

La révolution tunisienne, l'ultime flamme du printemps arabe encore vivace, vient d'être célébrée par le comité norvégien, lequel a attribué ce vendredi matin son prix Nobel de la paix aux quatre organisations qui ont remis en 2013 ce pays sur le chemin de la démocratie. Deux ans après le début de la révolution de Jasmin de 2011, la Tunisie se trouvait en effet dans l'impasse quand le syndicat UGTT, véritable colonne vertébrale intellectuelle et politique du pays, l'organisation patronale Utica, la Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH) et l'Ordre des avocats lancent ce fameux «dialogue national». L'objectif, finalement atteint en 2014, est d'organiser des élections législatives permettant de dénouer la crise institutionnelle qui menace de faire dérailler la révolution démocratique tunisienne.

En cet automne 2013, les islamistes modérés d'Ennahda sont au pouvoir, mais la crise économique et sociale, d'un côté, et la montée du terrorisme islamique de l'autre, ont sapé leur pouvoir. Le député Mohammed Brahmi, une personnalité de gauche hostile à Ennahda et à toute forme d'islamisation de la société, a été assassiné durant l'été par des islamistes radicaux. L'opposition laïque tente de profiter de la situation, mais elle est désunie et ne représente pas une force d'alternance. Les manifestations devant le parlement se multiplient à Tunis. En province, les heurts sociaux sont plus nombreux et violents encore.

Équilibre entre culture islamique et respect des droits de l'homme

Constitué en octobre, le quartet du «dialogue national» obtient en décembre 2013 qu'une feuille de route permette de sortir de la crise. Cela commence par le départ des islamistes d'Ennahda du pouvoir. Un technocrate, Mehdi Jomaâ, est nommé premier ministre en 2014. La loi constitutionnelle, sur laquelle les islamistes d'Ennahda et les séculiers représentés au parlement ne parvenaient à s'entendre, est, elle, votée. Son équilibre entre culture islamique et respect des droits de l'homme est salué par la France et le monde occidental.

Au bout du chemin sont donc organisées les élections législatives du 26 octobre 2014, remportées par le parti séculier Nidaa Tounes qui domine désormais l'Assemblée des représentants du peuple qui a remplacé l'Assemblée constituante. L'élection présidentielle qui suit accorde la victoire au chef de file de Nidaa Tounes, l'actuel président tunisien Béji Caïd Essebsi.

Avec Rached Ghannouchi, le chef du parti Ennahda, Beji Caïd Essebsi doivent être associés au prix nobel décerné au quartet du «dialogue national». C'est lors d'une rencontre à Paris que les deux hommes ont validé le chemin défriché par l'UGTT, l'Utica, la Ligue des droits de l'Homme et l'ordre des avocats. Rached Ghannouchi aura notamment pris le risque de perdre dans les urnes le pouvoir, un pari qu'à ce jour aucun islamiste n'a osé ailleurs qu'en Tunisie.

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