Lundi, 14 Septembre, 2015  Humanite.fr

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La Hongrie charge les migrants qui arrivent dans des trains et les amène directement en Autriche, qui répond en mobilisant l’armée pour fermer ses frontières. Après l’Allemagne qui a réintroduit dimanche des contrôles, ces réactions en cascade mènent à la catastrophe.

"Des trains emmènent des migrants depuis la gare de Röszke [ndlr. à la frontière serbo-hongroise] directement jusqu'à la frontière autrichienne" a rapporté le Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR). "Hier (dimanche), nous avons vu trois de ces trains transporter au moins 2.000 personnes et durant la nuit des collègues ont vu des policiers réveiller les gens (à cette fin) au point de  rassemblement de migrants à la frontière", a ajouté le porte-parole du commissariat.
Le transfert accéléré et sans formalité de migrants vers la frontière autrichienne observé par le HCR intervient alors qu'une nouvelle législation anti-migrants doit entrer en vigueur mardi, avec pour objectif de stopper le flux passant par la frontière serbe.

En réaction, Vienne a mobilisé ce lundi matin 2200 militaires pour "assister la police", notamment "pour les contrôles frontaliers, là où c'est nécessaire", a précisé le chancelier lors d'une conférence de presse. L'Autriche reste un pays de transit pour des milliers de migrants, entre l’Allemagne, qui a réintroduit dimanche soir des contrôles à ses frontières, les arrivées de réfugiés en provenance de Hongrie. D'après la police autrichienne, 14.000 personnes sont arrivées dans la journée de dimanche et encore 6.000 à 7.000 dans la nuit et la matinée de ce lundi. La Slovaquie a annoncé elle aussi, ce matin, qu'elle réintroduisait des contrôles temporaires à ses frontières avec la Hongrie et l'Autriche.

La libre circulation à l'intérieur des frontières des 26 pays signataires des accords de Schengen est un des piliers du projet européen mais des contrôles peuvent être réintroduits à condition qu'ils soient temporaires, pendant une durée variant de dix jours à deux ans, dans les cas de figure exceptionnels. A écouter les gouvernements en question, l'objectif des contrôles n'est pas de barrer la route aux réfugiés, mais de les prendre en charge de manière plus "ordonnée", et de prendre les passeurs sur le fait plus facilement. Mais le patronat Allemand se frotte déjà les mains dans la perspective de piocher dans cette main d’œuvre parfois très qualifiée à prix cassés.

Le HCR rappelle bien qu’il s’agit « d'une crise de réfugiés et non pas d'un phénomène migratoire. » « L'Europe ne peut continuer de réagir à cette crise avec une approche fragmentaire et au jour le jour. Aucun pays ne peut y arriver seul, et aucun pays ne peut refuser d'y contribuer » explique de le Commissariat. « Au-delà de la réponse immédiate, il est évident que cette situation exigera de nous que nous réfléchissions sérieusement à l'avenir. Cet afflux massif de personnes ne cessera pas tant que les causes principales de leurs difficultés ne seront réglées. Beaucoup de progrès reste à accomplir afin de prévenir les conflits et arrêter les guerres en cours qui forcent tant de gens à fuir leurs foyers. Les pays voisins des zones de guerre, qui accueillent 9 réfugiés sur 10 mondialement, doivent être mieux épaulés, et doivent recevoir le financement requis. Parallèlement, il est essentiel que les politiques de coopération et d'aide au développement soient réorientées avec l'objectif de donner aux gens la possibilité de vivre dans leur propre pays. L'Europe est à un tournant décisif de son histoire. Il est temps de réaffirmer les valeurs qui ont fondé sa création. »

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