Le 22 août à 16h17 par Kevin ESTRADE

En treize ans, Cité Joueur s’est discrètement imposé comme une institution des jeux de cartes et de figurines. C’est aussi l’endroit parfait pour juste passer le temps.

Cite-joueur-nicolas-viroulaudDans la salle de jeu de Cité Joueur, Nicolas Viroulaud laisse une table à disposition des joueurs. En vrai passionné, ça lui arrive parfois de s’en servir lui-même. PHOTO/( Quentin Petit)

Clac!" Dans la salle de jeu, seul un bruit de canette brise la quiétude ambiante. Personne ne bronche. Dans cet antre dédiée au jeu sous toutes ses formes, le silence est d’or, la parole rare. En tout cas au premier abord. Vu de l’extérieur, ça ne paye pas de mine: l’enseigne dessinée par Philippe Seys est esquintée par le temps, des posters sont négligemment scotchés sur les vitres.

Hormis Pôle Emploi et un kebab, les voisins ont depuis longtemps quitté la rue Jean Fougerat. Bienvenue à Cité Joueur, le paradis des joueurs en tout genre, le dernier endroit d’Angoulême où se côtoient des figurines, des cartes et des jeux en réseau.

Tous les jours, des centaines de personnes passent devant la salle sans y jeter un oeil. L’intérieur est pourtant aussi passionnant que l’extérieur est banal. Ceux qui en franchissent la porte n’en ressortent que tard le soir. Sur les étagères, des figurines installées au cordeau tranchent avec la nonchalance de la vitrine, comme si Cité Joueur se moquait des modes et du temps.

À l’entrée, le patron, Nicolas Viroulaud, 39 ans, vous toise comme pour vérifier que vous ne vous êtes pas trompés d’endroit. Il ne faut pourtant qu’un sourire et une poignée de main pour se le mettre dans la poche. Derrière une barbe bien taillée, sa boutique et lui se confondent derrière la passion des figurines, des cartes, mais aussi des gens. Et le business alors? "ça tient", répond le patron en bon commerçant.

Merci patron!

Si Cité Joueur tient aussi bien le coup, c’est justement grâce à lui. "C’est devenu un pote, éclaire Manu en vieil habitué. Il prend toujours le temps de te conseiller et de t’expliquer. Si par exemple tu comprends pas les règles d’un jeu, il peut tout t’apprendre de A à Z."

À 42 ans, Manu est un fidèle de Cité Joueur, et entre habitués on use souvent des mêmes références: "Toi Manu, t’es un padawan! T’es là depuis quand au fait?", demande Christophe, un pro de la peinture sur figurine. "Depuis le début! Quand il y avait encore les télés et les consoles", se souvient Manu, le menton pointé vers un recoin du cybercafé.

Quand Cité Joueur a ouvert en septembre 2003, le magasin faisait aussi dans la vente de jeux vidéos. Plus aujourd’hui. Car pour survivre, il faut savoir s’adapter et Nicolas Viroulaud a laissé tomber ce business devenu trop gros pour les petits commerces. "Avant, il y avait des boutiques de jeux vidéos partout en ville. Moi je bossais pour King Games. En 2003, quand on a ouvert Cité Joueur, on s’y est mis aussi. Mais aujourd’hui, à part de grosses chaînes, il n’y a plus que les supermarchés", regrette le patron avec une pointe de nostalgie.

Le paradis des joueurs

En presque treize ans d’existence, Cité Joueurs’est imposé comme le paradis des cartes Magic et des figurines Warhammer.

C’est aussi l’endroit parfait pour venir s’initier au jeu en réseau. C’est aussi ici, au milieu des geeks, que viennent ceux qui n’ont pas internet chez eux. Comme cet homme en costume venu terminer son CV à quelques mètres de Pôle Emploi. Manu, lui, n’est pas venu pour ça. Son truc, c’est d’occuper sa journée dans ce lieu dédié à ses passions: "Ici, si on ne veut pas jouer en réseaux, on fait de la figurine. Si on en a marre de la figurine, on fait du Magic. On peut même venir juste pour peindre des figurines! Et sinon on vient pour les potes!".

Ce jour-là, Manu est arrivé à l’ouverture, à 10 heures Son programme du jour est limpide: "Mater quelques épisodes de Goldorak, annonce cet Angoumoisin biberonné aux séries de Récré A2. Mais là, j’arrête un peu. Il ne faut pas abuser des bonnes choses" ,se marre le geek en commandant un énième café à Nicolas Viroulaud.

Ensuite, il ira assister à un combat de figurine Warhammer. Car si t’es joueur, il y a toujours quelque chose à faire à Cité Joueur.

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