CollègeMigrants

Vendredi 31 juillet 200 migrants ont investi un collège désaffecté dans le XIXe arrondissement de Paris. Depuis plus de 48 heures ils occupent ce lieu qui leur offre un peu de répit et d’hospitalité. Reportage.

Il fait frais à l’intérieur du lycée hôtelier désaffecté situé au 7, rue Jean Quarré, dans le XIXeme arrondissement de Paris, ce lundi 3 août en début d’après-midi. Alors que dehors la canicule est à son comble, quelques 200 réfugiés de dix nationalités différentes – soudanais, érythréens, afghans, tchadiens, tunisiens… – y ont trouvé refuge le 31 juillet après plusieurs évacuations de campements successives. A l’entrée, Ali, un Tunisien de 37 ans, en appui sur un tréteau, parfait la coque d’une barque en argile qu’il est en train de modeler avec application. La scène a quelque chose de nostalgique. Avant d’arriver en France, il y a quatorze ans, ce sans-papiers à la barbe d’une semaine et au visage fatigué était pêcheur. C’est lui qui a ramené les gens ici !” blague son compatriote Faical, 21 ans, assis sur une table en face de lui.

Et de désigner la poupe du bateau miniature, plus grave : “C’est là que j’étais, avec 60 personnes, sur un bateau de même pas 8 mètres”, raconte-t-il, évoquant sa traversée de la Méditerranée en 2011, après la révolution. L’embarcation est tombée en panne. C’est un navire italien qui les a récupérés, “heureusement”. Après une semaine à Lampedusa, le jeune homme à peine majeur se rend en France. Tout ce qu’il a obtenu depuis, c’est l’Aide Médicale d’Etat (AME), dont il nous montre une attestation.

“Ça devient la Maison des réfugiés”

Après avoir été malmené par les flots, la vie en France ne fut pas de tout répit pour lui. Ces derniers temps, les campements où il s’était installé ont été démantelés à vitesse grand V. Et d’énumérer : “La Chapelle, la Halle Pajol, la Caserne, les jardins d’Eole, Pajol de nouveau, puis encore Eole, et enfin ici”.

Afin de mettre un terme à ce cycle sans fin, et pour éviter que les migrants restés à la rue ne s’éparpillent et deviennent invisibles, ils ont pris possession de ce lieu avec l’aide du collectif “La Chapelle en lutte”, après un passage d’une nuit à la Maison de la Mixité, prêtée par l’association Ni putes ni soumises. Les migrants se sont répartis les pièces des différents étages par nationalités, l’une d’entre elles étant réservée aux femmes.

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Au rez-de-chaussée, la cuisine est l’épicentre du bâtiment, et au niveau de la cour, des douches et des toilettes ont été ouvertes. “Ils viennent de Gare de l’Est, du campement d’Austerlitz, de la Halle Pajol, et il y a des Syriens de Saint-Ouen. En fait, ça devient la Maison des réfugiés”, résume Valérie Osouf, membre du collectif.

 

Au rez-de-chaussée, la cuisine est l’épicentre du bâtiment, et au niveau de la cour, des douches et des toilettes ont été ouvertes. “Ils viennent de Gare de l’Est, du campement d’Austerlitz, de la Halle Pajol, et il y a des Syriens de Saint-Ouen. En fait, ça devient la Maison des réfugiés”, résume Valérie Osouf, membre du collectif.

 

JacobPour Jacob, ce lycée désaffecté offre davantage d’hospitalité que le centre d’hébergement du Blanc-Mesnil où il a vécu quelques jours : “Là-bas on a passé trois jours sans manger et on était contrait de se doucher pour pouvoir boire. Ici on est bien, c’est le lieu qu’on cherchait. Mais on ne sait pas ce que la mairie va décider.” Ce 3 août, elle a décidé de ne pas les expulser.

“L’établissement compte plus pour la mairie que les êtres humains”

Assis dans un coin de la cuisine, Abdel, un Tchadien de 23 ans, arrivé en France il y a huit mois, estime cependant que “l’établissement est plus important aux yeux de la mairie que les êtres humains qui sont dedans”.

Les tensions avec les riverains pourraient servir d’argument à leur expulsion prochaine. Mais pour l’instant ces derniers ont plutôt fait preuve de solidarité, à en croire les migrants. “Je remercie les voisins, et souhaite que Dieu les protège, affirme ainsi Abdel. Ils sont tellement gentils : ils nous ont donné des habits, de la nourriture, …” La veille, le collectif “La Chapelle en lutte” avait organisé une fête avec eux, qui s’est très bien déroulée. Cependant, il y avait forcément des absents ce soir-là. “Il y en a toujours. Ce sont les mêmes qui se plaignent à la campagne parce qu’il y a trop de tracteurs”, tranche un soutien des migrants qui se fait surnommé Zlatan.

Ce ne sont pas les voisins mais bien la mairie et la préfecture qui font l’objet de toutes les inquiétudes, alors qu’elles n’ont pas encore annoncé qu’elles n’expulseraient pas les migrants. “C’est le gouvernement qui se repose sur nous, alors que c’est nous qui devrions nous reposer sur eux, c’est malheureux”, confie Zlatan. Dans la cour du bâtiment, où certains s’aventurent au soleil pour échanger quelques passes de basket, un tag inscrit la veille en lettres rouges témoigne de cette défiance : “On a une gauche qui mérite des droites”.

le 03 août 2015 à 18h42