Le ministre de l'Intérieur a donné son feu vert à la création d'un centre d'accueil pour les personnes en errance qui tentent de rejoindre l'Angleterre, 12 ans après la fermeture de celui de Sangatte, décidée par Nicolas Sarkozy.

15 ans après l'ouverture du centre pour migrants de Sangatte, fermé par Nicolas Sarkozy en 2002, la boucle est bouclée. Beauvau a confirmé mercredi la création d'un accueil de jour pour clandestins à Calais, sur demande de la maire Natacha Bouchard (UMP). Pourtant, Bernard Cazeneuve avait déclaré le jeudi 28 août: «Je ne veux pas créer un centre d'accueil qui soit un nouveau point de convergence des migrants». Un revirement à l'image de quinze ans d'une politique migratoire déchirée entre nécessités humanitaires et impuissance à conjurer l'afflux de migrants.

Automne 1999: création du centre de Sangatte

À la suite d'un afflux de personnes provenant du Kosovo en guerre, un centre d'accueil pour migrants est créé à Sangatte. L'État réquisitionne un hangar de 27.000 m2 appartenant à Eurotunnel, dans cette petite commune limitrophe de Calais, point de passage le plus proche pour l'Angleterre.

La gestion du centre, destiné à l'hébergement et à l'accueil d'urgence humanitaire est confiée à la Croix-Rouge. En transit vers l'Angleterre, les candidats au passage attendent dans ce hangar qu'on leur donne les autorisations nécessaires. Mais les contrôles sont de plus en plus stricts, et les migrants s'entassent dans des conditions épouvantables. Prévu pour accueillir 800 personnes, le centre doit très vite faire face à un flot exponentiel de migrants et en accueillera jusqu'à 1800.

5 novembre 2002: fermeture de Sangatte

Trois ans après son ouverture, le centre est supprimé sur décision de Nicolas Sarkozy. «Nous mettons fin à un symbole d'appel d'air de l'immigration clandestine dans le monde», déclare alors le ministre de l'Intérieur. La situation était devenue cauchemardesque: étrangers entassés, habitants exaspérés, et gouvernements impuissants à gérer ce qui était devenu un véritable goulot d'étranglement pour le passage vers l'Angleterre.

Le hangar abritait 1600 étrangers lors de sa fermeture. 70.000 migrants y avaient transité en trois ans. Après la destruction du lieu d'accueil, le nombre de migrants chute alors jusqu'à tomber à 400 fin 2005, pour remonter à la fin des années 2000.

23 septembre 2009: fermeture de la «jungle» de Calais

Depuis la fermeture de Sangatte, les clandestins erraient dans des squats et des campements de fortune. Dans une zone proche du port de Calais s'entassaient jusqu'à 700 migrants. Au vu des conditions insalubres et de la multiplication des problèmes d'insécurité, décision est prise de démanteler le camp. Devant les caméras et les photographes, le ministre de l'Immigration Eric Besson assiste à la destruction du camp par les bulldozers et à son évacuation par les CRS.

Le nombre de migrants baisse ensuite: ils sont de 300 à 500 en transit chaque année dans la zone de Calais.

Mai - juillet 2014: démantèlement de camps

Le 25 mai, le FN obtient 31 % des voix aux élections européennes à Calais, un chiffre largement supérieur à la moyenne nationale (25%). Les tensions se multiplient entre les habitants et les immigrés clandestins. Après plusieurs années d'accalmie, leur nombre a en effet explosé en 2014, passant de 250 à 700 en moins d'un an, conséquence de l'instabilité grandissante en Afrique et au Proche-Orient.

Le 28 mai 2014, trois camps contenant 550 migrants afghans, syriens, libyens, éthiopiens ou palestiniens sont démantelés. Les autorités publiques invoquent une épidémie de gale et des «raisons sanitaires».

Le 2 juillet 2014, le principal camp de migrants de Calais est démantelé par les forces de l'ordre, une opération motivée par le manque d'infrastructures sanitaires.

Août 2014: affrontements violents entre divers groupes de migrants à Calais

Le 4 et 5 août, plusieurs rixes éclatent entre des centaines de candidats au passage vers l'Angleterre, Soudanais contre Erythréens. Une cinquantaine de personnes sont blessées. Ces rixes sont la conséquence d'un afflux massif via l'Italie depuis le printemps dernier, qui entraîne des luttes pour le contrôle de «territoires» et des tensions entre différents «passeurs».

2 septembre 2014: proposition de création d'un centre d'accueil

À l'issue d'un été marqué par de nombreuses tensions entre migrants, Bernard Cazeneuve, sur demande de la maire de Calais, donne son feu vert à la création d'un centre d'accueil de jour pour gérer l'afflux.

LeFigaro.fr