Coran

Depuis 2001, la mouvance salafiste est régulièrement citée lorsqu'il est question de projets terroristes. Derrière cette pratique rigoriste de la religion se cachent pourtant différentes idéologies.

À quoi correspond le salafisme?

Le terme salafisme est issu du mot arabe «salaf», qui signifie «ancêtre», «pieux prédécesseur», et fait référence aux premiers musulmans. Le salafisme prône ainsi un retour à la pratique ancestrale de l'islam, correspondant à l'époque du prophète et dont les musulmans se seraient éloignés. Pour ce faire, les salafistes, qui appartiennent à la branche sunnite de l'islam, défendent un mode de vie qui exclurait tous les éléments à l'origine de la perversion du culte musulman. Ils reviennent à ces fondements supposés de l'islam par une lecture littérale des textes coraniques, ce qui explique que l'on qualifie ce mouvement de rigoriste.

De fait, les salafistes - ou «salafi» - revendiquent des pratiques religieuses et sociales ultraconservatrices, telles que le port de la barbe, de la tenue traditionnelle -le kamis, ou djellaba, et la calotte pour les hommes; le niqab, un voile intégral, pour les femmes - ou une pratique en cercle fermé de l'islam, censées correspondre aux pratiques ancestrales. «Ce mouvement défend une lecture orthopraxe de l'islam, c'est-à-dire fondée sur la pratique: la spiritualité ne suffit pas, c'est le geste qui est fondamental», explique au Figaro Samir Amghar, chercheur spécialiste de l'islam contemporain. «Il faut multiplier les jeûnes, les prières, les actions visibles d'adoration de dieu.»

Trois courants différents

Le salafisme est un terme global pour caractériser les courants les plus stricts au sein de l'islam même si la réalité qu'il recouvre a évolué. Mais si tous les salafistes défendent une lecture rigoriste de la charia, leurs objectifs peuvent être différents. Les spécialistes les divisent ainsi en trois courants.

Les salafistes quiétistes, également qualifiés de «piétistes», constituent la très large majorité du mouvement. Leur pratique de l'islam se fait en retrait de la société afin de maintenir les préceptes défendus et de les faire gagner en puissance au sein même des musulmans. Ils n'ont pas la volonté d'influencer l'environnement hors de la religion et des croyants et rejettent notamment la question politique, ainsi que toute tentative d'intégrer la pratique de l'islam à un modèle occidental. De fait, les salafistes rejettent les organes représentatifs du culte musulman et s'opposent à un grand nombre d'imams en tentant de s'implanter dans certains lieux de culte. «Le salafiste quiétiste puriste considère qu'il ne peut composer avec l'Occident, ni discuter avec ceux qu'il considère comme des mécréants» et vise même, dans l'idéal, un retour vers un pays musulman, soulignait récemment au Figaro Bernard Godard, auteur de La Question musulmane en France et ancien fonctionnaire au bureau des cultes du ministère de l'Intérieur.

Le salafisme réformiste, ou politique, également qualifié d'«inclusiviste», promeut à l'inverse une modification des institutions politiques en lien avec la religion. Les salafistes réformistes, inspirés notamment des Frères musulmans en Égypte, peuvent s'organiser en partis politiques afin de faire valoir leur conception dans le cadre d'élections.

Enfin, le salafisme révolutionnaire constitue la mouvance djihadiste. Minoritaires mais particulièrement visibles en raison de leur action violente, les adeptes de ce courant prônent la guerre sainte et revendiquent une action armée, rejetant le jeu politique. Cette mouvance s'est développée dans les années 1980 - même si ses origines remontent au XVIIIe siècle - sur fond de conflit afghan, et promeut une vision transnationale de l'islam. Ces salafistes djihadistes ne sont pas considérés par les quiétistes comme d'authentiques salafistes.

Que représente le salafisme en France?

Cette mouvance s'est implantée récemment en France, en comparaison d'autres courants. Il s'est implanté dans l'Hexagone au début des années 1990 avec l'arrivée de militants religieux réfugiés du régime algérien. Les données chiffrées sont difficiles à rassembler. Le premier ministre Manuel Valls a évoqué dimanche 28 juin la présence de 10.000 à 15.000 salafistes en France, ce qui correspond aux données du ministère de l'Intérieur. Un chiffre en très nette augmentation depuis une vingtaine d'années. «Il a triplé en dix ans», indique Samir Amghar, qui chiffre à quelques dizaines leur nombre au début des années 1990.

Ce mouvement religieux touche surtout des jeunes issus des deuxièmes ou troisièmes générations d'immigrants. «Le salafisme constitue une sorte de double-opposition: à la société occidentale, et l'ordre établi, mais aussi aux générations anciennes et à leur façon de pratiquer l'islam», pointe Samir Amghar.

Actuellement, un peu moins d'une centaine de lieux de culte musulmans en France sont d'inspiration salafiste, selon Bernard Godard, sur environ 2500. Au moins une quarantaine d'autres seraient toutefois l'objet de tentatives d'influence salafiste, selon des chiffres des services de renseignement dévoilés par Le Figaro en février.

Néanmoins, «il n'y a pas de liens avérés entre ces mosquées salafisantes et les djihadistes», rappelait Bernard Godard. «Tous les radicaux trouvent l'une de leurs inspirations dans le salafisme, mais cela ne veut pas dire que le salafisme est la cause de leur radicalisme.» Une vision partagée par Samir Amghar, pour qui «associer violence religieuse et salafisme entretient une confusion qui ne permet pas d'appréhender le problème». «Le salafisme français est dominé par les quiétistes, qui sont extrêmement critiques envers le djihadisme, l'État islamique, al-Qaida», souligne le chercheur.

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