"Étant donné le potentiel des crypto-monnaies à révolutionner les pratiques bancaires dans la prochaine décennie, les banques doivent investir du temps et de l'énergie afin de comprendre comment elles peuvent les utiliser au mieux avant d'autres acteurs n'interviennent et n'imposent ces décisions pour elles", a écrit Johann Palychata, analyste de recherche chez BNP Paribas Securities Services.

BitcoinBNP Paribas ne veut pas se faire dépasser pas la monnaie virtuelle.  Crédit Reuters

Atlantico : BNP Paribas a publié une tribune surprenante sur le bitcoin (disponible ici) : dans celle-ci, l'analyste Johann Palychata écrit que le bitcoin pourrait représenter une technologie de substitution à celles des banques. En Angleterre, certains titres de presses parlent déjà de la destruction des banques. Qu'en est-il ? Quel danger existe-t-il pour les banques ?

Gonzague Grandval : Plus qu’un danger, la technologie Bitcoin représente une opportunité pour les banques. De nombreux métiers sont fondées sur des technologies anciennes, couteuses et centralisées, là où Bitcoin vient apporter une nouvelle logique prônant l’ouverture, la sécurité et légèreté des infrastructures. La technologie Bitcoin va intervenir dans tous les métiers pour lesquels la confiance est garantie par des tiers.

Bitcoin permet de s’affranchir de ces tiers de confiance en permettant à chacun d’échanger directement des fonds ou des titres de propriété par exemple. Les métiers de l’asset management ou du paiement sont les premiers domaines pour lesquels les applications de Bitcoin sont très claires. Quant à savoir si les banques sont en danger, je pense qu’elles sont surtout encouragées à réagir puisque désormais aucun territoire n’est à l’abri des start-ups de la Fintech. 

Bitcoin est parfois présenté comme une révolution comparable à celle de la machine à vapeur ou d'internet. Comment l'expliquer ? Quels sont les nouveaux mécanismes que bitcoin implique et qui risquent de modifier fondamentalement là façon de travailler des banques ?

Comparons Bitcoin à l’email : la technologie sous jacente à l’email (SMTP) permet d’échanger des messages entre deux individus sans passer par un service tiers. Evidemment nous utilisons les services de nos FAI ou de webmail, mais aucun tiers n’intervient dans l’acheminement du message. Cette technologie nous permet donc d’échanger des messages partout dans le monde, quelque soit les services utilisés : la technologie est libre, interopérable et ne nous coûte presque rien. Bitcoin apporte le même niveau d’interopérabilité dans le domaine des transactions numériques, que ce soit du paiement ou un simple échange de données. En outre, Bitcoin est fondé sur un principe de transparence complète de l’ensemble des transactions qui transitent sur son réseau, ce qui est de nature à bouleverser certains métiers parfois opaques ! 

Est-il probable que certaines banques tirent profit de cette nouvelle technologie ?

Des banques, mais également des acteurs financiers de premier plan comme le NASDAQ (National Association of Securities Dealers Automated Quotations), travaillent depuis plusieurs mois sur des projets d’intégration de Bitcoin. La technologie est jeune et nécessite une immersion approfondie pour en extraire les meilleurs bénéfices. A titre d’exemple, Paymium a déjà développé une solution de vote électronique qui pourrait rapidement être utilisée par les banques pour les votes en Assemblée Générale : pas de boite noire, un système auditable par tous, et donc la fin des soupçons et des manipulations D’autres banques, à l’image de Santander, ont récemment pris des participations significatives dans des start-up Bitcoin spécialisées dans le paiement électronique. A n’en pas douter ce type d’initiative va se développer, afin que les établissements les plus précurseurs puissent maitriser rapidement la technologie et ses enjeux.
 

Auparavant, la monnaie virtuelle était décriée - voire méprisée - par les banques du monde entier. Comment expliquer un tel revirement de pensée ?

Les cris d'orfraie longtemps entendus à propos de Bitcoin étaient principalement dus à une quasi ignorance de la technologie. Cette méconnaissance a entrainé de la peur, et les organismes ont réagi en se défendant par le mépris ou de façon plus véhémente. Cependant, certaines institutions comme la Banque Centrale d’Angleterre ou la Réserve Fédérale de Chicago ont réalisé de travaux techniques et économiques très rigoureux sur Bitcoin, permettant à de nombreuses banques commerciales de s’appuyer sur des sources institutionnelles. Confrontée à des compétiteurs sur l’ensemble de ses métiers, la banque va devoir s’adapter rapidement pour éviter la désintermédiation de tous ses services, et s’armer des mêmes technologies que les nouveaux entrants.Finalement, le message envoyé par BNP Paribas à la place financière va rapidement contribuer à faire évoluer les pensées de nombreux autres acteurs bancaires.

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