Les déclarations de Jeanne Filloux sur le centre-ville d’Angoulême "moche" n’ont pas plu. Les défenseurs montent au créneau. Mais le Champ-de-Mars est montré du doigt.

AngoulemeLaMoche 150706"On a choisi ce lieu pour montrer comme la ville est morte", décoche Stéphanie Randazzo, la présidente de Cap en Ville. Les commerçants angoumoisins n’apprécient guère les déclarations de Jeanne Filloux, estimant la ville "moche" et le centre-ville "mort". Ils ont choisi de se rassembler à une terrasse de la place des Halles, noire de monde, pour défendre les couleurs de la ville et faire la nique à la maire de Champniers, dépitée de voir retoqué son projet de CGR aux Montagnes.

Thierry Courmont, représentant des commerçants du Champ-de-Mars, s’énerve: "Ça bouge tout le temps, il suffit de changer de quartier." Arnaud Dos Santos, président de l’association Les Vieux Pavés, convie Jeanne Filloux à passer une journée avec lui à Angoulême: "Le matin, je l’emmènerais au marché couvert. On irait prendre un thé frais à la terrasse de la Brûlerie des Valois. Elle pourrait faire du shopping, et prendre un verre place Louvel, continuer dans un restaurant de la spécialité de son choix, il y a tout ce qu’il faut." Arnaud Dos Santos souligne: "On a quand même des façades de plus en plus propres."

Au-delà des commerçants, les défenseurs de la cité des Valois sont nombreux et enthousiastes. Gérard Lefèvre, le directeur du théâtre, en fait partie: "La ville a beaucoup de charme, son côté italien me plaît beaucoup. Et les artistes que je reçois la trouvent très plaisante." François Schuiten, dessinateur de BD grand prix en 2002, déclare sa flamme: "C’est une ville fascinante par sa situation, comme posée sur la Terre." Il énumère "les angles de vue qu’elle offre, les changements de niveaux, les perspectives, les rampes, les jardins en contrebas", loue "l’émotion" qu’il ressent quand il vient ici.

Sylvain Couty, le directeur de l’office de tourisme, met l’accent sur ce que disent les touristes: "Les gens qui ne connaissent pas sont frappés par le promontoire rocheux, puis par la beauté de la pierre calcaire blanche, et enfin par le réseau de murs peints qui a acquis une belle notoriété."

Florent Gaillard, responsable des Archives municipales et du Musée du Papier, est intarissable: "Tous ceux auxquels j’ai eu le plaisir de faire découvrir Angoulême, universitaires, stars, historiens, journalistes, musiciens ou archéologues ont toujours été touchés par son charme."

 

Points noirs

Mais tout n’est pas parfait. Gérard Lefèvre souligne le problème des accès: "C’est sûr, la rue de Montmoreau a besoin d’un lifting, la route de Bordeaux nécessite un effort architectural et urbanistique."

Le gros reproche, c’est le Champ-de-Mars. Assis à l’ombre des voilages, trois collègues d’une mutuelle voisine sont en pause déjeuner. Sandrine vient de Jonzac: "Oui, c’est moche." Son voisin, Romain, est Angoumoisin: "Ici, c’est affreux, avec les SDF, les trafics, les odeurs d’urine, tous ces magasins qui ferment". Nathalie, de Cognac, trouve que "ça manque de joie de vivre." La Ville travaille à quelques pistes pour y remédier.

Éric Laurent, architecte de l’agence Greenwich, installé au bord de l’esplanade, note:"Les logements vides n’aident pas. S’il y avait de la vie dans les étages, peut-être qu’il y aurait plus de vie sur la place." Il relativise: "La ville a un énorme potentiel, mais elle est un peu endormie. On a un peu oublié d’investir dans les aménagements urbains. Pas forcément du vert, mais un peu de modernité, un peu d’écriture contemporaine".

CharenteLibre.fr