Jean-Marc Ayrault en visite dans un centre des Petits frères des pauvres, le 31 décembre dernier.
(Photo Eric Feferberg. AFP)

Exclusion. RSA, scolarisation ou hébergement, le Premier ministre doit détailler ce soir les mesures en faveur des plus démunis.

Par TONINO SERAFINI

Le gouvernement devrait annoncer aujourd’hui le lancement d’une réforme du RSA-activité, l’allocation publique versée aux travailleurs pauvres pour compléter des revenus du travail trop modestes. Ce dispositif, qui s’adresse notamment aux salariés à temps partiel ou en emploi très précaire, est largement ignoré par leurs bénéficiaires potentiels.

Il est largement sous-utilisé : 70% ne le demandent pas, ce qui fait plus de 800 000 personnes alors que la plupart ont des ressources inférieures au seuil de pauvreté (964 euros par mois pour une personne seule). En cause, des justificatifs à fournir en pagaille, des dossiers à remplir à chaque changement de situation, parfois pour une allocation de quelques dizaines d’euros par mois. Un groupe de travail va être mis en place et doit faire des propositions pour remettre à plat le RSA-activité. Cette mesure fait partie d’un plan quinquennal de lutte contre la pauvreté qui doit être détaillé ce soir à Matignon par Jean-Marc Ayrault à l’issue d’un Conseil interministériel de lutte contre l’exclusion (Cile) auquel sont conviés une vingtaine de ministres.

Autre mesure : les crèches seront obligées d’ouvrir leurs portes aux enfants issus de familles pauvres, un quota «minimum de 10%» des places devant leur être réservé, a indiqué hier le Premier ministre, confirmant une information publiée dans le Journal du dimanche. A terme, «les crèches devront accueillir la même proportion d’enfants issus de familles pauvres que ce qu’ils représentent dans leurs communes».

Jamais réuni depuis 2006, le gouvernement fait de la réactivation du Cile - tombé en désuétude sous Sarkozy - un argument politique. Il veut montrer que, après le plan à 20 milliards d’euros en faveur de la compétitivité des entreprises, il n’oublie pas les pauvres. Ils représentent 14,1% de la population française en 2010 contre 12,9% en 2002.

Les autres mesures du plan avaient déjà été largement dévoilées lors de la Conférence nationale contre la pauvreté du 11 décembre. Ce jour-là, le Premier ministre avait notamment annoncé une revalorisation du RSA-socle (qui a supplanté le RMI) de 10% en cinq ans, avec une première hausse de 2% en septembre. Le plan prévoit aussi une hausse du plafond de la CMU-complémentaire, de façon à couvrir 500 000 personnes pauvres de plus, une scolarisation accrue des enfants de famille pauvre de moins de 3 ans en maternelle, un contrat d’insertion pour les jeunes non qualifiés ou encore des places d’hébergement supplémentaires pour les SDF et les demandeurs d’asile. Le suivi de ce plan va être confié à François Chérèque, l’ancien secrétaire général de la CFDT.

20 janvier 2013 à 21:46 (Mis à jour: 21 janvier 2013 à 13:14)

LIBERATION.fr