Les discours des élus prononcés en janvier – avant de partager la galette et d'avaler un verre de cognac-tonic – valent-ils parole d'Evangile ? Zoom arrière.

Michel Boutant, président du Conseil général|| THOMAS LEBREUVAUD
1 sur 4  /  Michel Boutant, président du Conseil général - (THOMAS LEBREUVAUD)
 

En ce mois où il est d'usage de souhaiter le meilleur à son prochain, les cérémonies de vœux des élus locaux répondent à un rituel immuable : discours, applaudissements, galette. Lors de ces pince-fesses républicains, il est de bon ton d'en appeler au « bien vivre ensemble » (le joli mot de concorde est passé de mode, c'est bien dommage), de caresser les agents de la maison dans le sens du poil (ça ne coûte pas cher et ça fait toujours plaisir), puis de formuler des souhaits ardents pour l'année à venir. Ces vœux – souvent prononcés avec emphase – sont-ils condamnés à rester pieux ? Pour répondre à cette question taquine, ouvrons nos archives et confrontons les déclarations du début de l'année 2012 à la cruelle réalité de l'actualité.

1 Michel Boutant et les services publics

Le 6 janvier 2012, les 1 700 agents du Conseil général (l'un des plus gros employeurs de Charente, avec Leroy Somer et l'hôpital de Girac) sont réunis au parc des expositions du Grand-Angoulême. Au micro, le président Michel Boutant se fait défenseur d'un service public « fort, efficace et équitablement réparti sur tout le territoire national ». Il déclare : « La dette de l'État, la concurrence chinoise, l'efficacité allemande... Tout est bon pour sacrifier sur l'autel de la performance le service public et avec lui, évidemment, les fonctionnaires ! »

Cet appel à une juste reconnaissance des services publics, de leurs agents et de leurs contractuels a-t-il été entendu en 2012 ? Avec l'élection de François Hollande, Michel Boutant y a sans doute cru. Après l'euphorie de la victoire, la dure réalité de la situation budgétaire de l'État et l'appel au redressement des comptes publics ont sans doute dû tempérer son enthousiasme. Comme sous Sarkozy, les dotations de l'État aux collectivités baissent et vont baisser. Le changement, quel changement ?

2 Philippe Lavaud et le Busway

Le 13 janvier 2012, les vœux du maire d'Angoulême aux forces vives sont résolument engagés. Malgré la conjoncture difficile. Malgré ces emprunts toxiques qui plombent les finances de la Ville. Philippe Lavaud (qui s'exprime aussi en tant que président de l'Agglomération) dit que le temps des grandes réalisations est venu et défend son projet de bus nouvelle génération, le fameux Busway.

Extrait : « À celles et ceux qui penseraient que nous sommes irresponsables [...], je dis ''vous aurez toute votre place pour vous exprimer afin d'enrichir ce projet d'avenir''. Car un projet comme celui-ci doit être partagé. 2012, et l'année qui suivra, marqueront le lancement d'une large phase de concertation. » En 2012, année de la grande consultation, du partage et du dialogue ? Restons factuels : le 4 décembre, le Plan de déplacement urbain (PDU) soumis à enquête publique est retoqué. Avis négatif. Les trois commissaires enquêteurs pointent une « présentation peu claire et difficile à comprendre », « des analyses plus que sommaires », mais aussi des « aspects quantitatifs et financiers totalement ignorés ».

Philippe Lavaud en a convenu : le Grand-Angoulême devra faire preuve de pédagogie en 2013.

3 Michel Gourinchas et la pauvreté

« Cognac n'est pas une ville riche , c'est une ville de riches. » En lâchant cette petite phrase fin 2012, Ségolène Royal , présidente de Région, avait fâché (un petit peu) Michel Gourinchas. Ce dernier avait pourtant commencé l'année 2012 en insistant sur la pauvreté: « Les clignotants sociaux sont au rouge. » Sans oublier qu'avec la baisse de son nombre d'habitants, la Ville devait faire une croix sur 40 000 € et digérer les baisses diverses et variées d'aides de l'État. Parallèlement, en devenant éligible à la Dotation de solidarité urbaine (DSU), Cognac actait ainsi son statut de ville où la situation sociale est fragile. Des riches, en fait, il y en a. Mais encore une fois, c'est une question de partage de la richesse.

À ces mêmes vœux, Michel Gourinchas avait annoncé l'inauguration du nouvel hôpital pour l'automne 2012. Il va pouvoir la réannoncer cette année. L'établissement de santé doit ouvrir au printemps.

4 René Vignerie et les inégalités

Le 16 janvier 2012, le maire de Barbezieux rassemble toutes « les forces vives » aux logis de Plaisance. C'est une première. Commerçants, artisans et industriels écoutent des vœux engagés et marqués à gauche. René Vignerie fait part d'une « grosse indignation ». Son constat est sans appel : « Des riches toujours plus riches et des pauvres, toujours plus nombreux, et de plus en plus pauvres ! »

Que le premier magistrat de Barbezieux garde une colère intacte : la situation n'a guère changé. Pour s'en assurer, écoutons Camille Dorival, journaliste à « Alternatives économiques » et Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités : « Comme en 1995 avec la fracture sociale brandie par Jacques Chirac, le thème des inégalités a été largement mis en avant par la majorité aujourd'hui aux commandes. Saura-t-elle faire en sorte que la marche vers l'égalité ne demeure pas un slogan de campagne sans lendemain, comme il y a dix-sept ans ? »

Selon des chiffres de l'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) et de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), le revenu annuel moyen des 10 % les plus modestes s'est élevé de 400 euros entre 2000 et 2010, celui des 10 % les plus riches de 8 950 euros.

Publié le 11/01/2013 à 06h00 | Mise à jour : 11/01/2013 à 09h05 - Par olivier sarazin et séverine joubert

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