Un article du Figaro.fr Santé nous apprenait, le 27 décembre dernier, que des zeuvres d'art ont été installées dans l'unité de soins palliatifs de l'hôpital Diaconesses Croix Saint-Simon, dans le XIIe arrondissement de Paris. Des zeuvres d'art, mais pas n'importe lesquelles. Pas des tableaux de biches dans un sous-bois, pas des femmes à l'ombrelle de Renoir, pas des aquarelles de Marie Laurencin, non. Des zeuvres d'art contemporain intitulées Demain est un autre jour, signées par un designer nommé Mathieu Lehanneur.

Il s'agit de quinze hublots, quinze espèces de globes lumineux installés dans chacune des quinze chambres de cette unité accueillant des malades en fin de vie. Dans ces hublots (composés de LED) s'inscrit l'image d'un ciel en mouvement restituant - grâce à des données météo collectées en temps réel sur internet - le temps qu'il fera demain dans le lieu choisi par la personne malade.

nouveau media

Capture d'écran du site de Mathieu Lehanneur

 

 

"À plusieurs reprises, Mathieu Lehanneur est venu s'imprégner de l'ambiance très particulière qui règne dans ce service, raconte LeFigaro.fr. « J'ai assisté à des réunions de transmission entre soignants, et là j'ai compris que même si la mort était présente, la vie continuait, explique-t-il. J'ai conçu cet objet étrange représentant le ciel, car il peut avoir une dimension spirituelle et religieuse, mais pas seulement: 80 % des conversations démarrent en parlant du temps qu'il fait et qu'il fera. »"

nouveau media

Capture d'écran du site de Mathieu Lehanneur


Des personnes qui choisissent quel coin de ciel de demain elles veulent voir, et qui meurent en contemplant les nuages flottant au-dessus du lieu qu'elles aiment. C'est presque une belle fin. Qui rappelle cependant celle proposée aux personnes âgées de Soylent Green (Soleil vert), célèbre film de Richard Fleischer sorti en 1973.


> Cliquez sur l'image pour un gros plan <


Cette admirable bobine nous raconte la vie à New York en 2022. La pollution est omniprésente, la nourriture se résume à des plaquettes vertes de Soylent Green (des soybean-lentil, lentilles de soja) qui en vérité sont fabriquées à partir de cadavres d'êtres humains. Lesquels sont encouragés, au soir de leur vie, à opter pour l'euthanasie. C'est le sort que choisit Sol Roth (Edward G. Robinson), que l'on conduit dans une immense salle en forme de dôme au milieu de laquelle est installé un lit. Il s'y allonge, avale la potion qui tue, et avant que le poison ne fasse son effet il contemple le spectacle de films montrant des champs de fleurs, une rivière de montagne, des biches dans un sous-bois, des poissons, la mer, le ciel, un coucher de soleil, toutes choses qui ont disparu du monde qu'il s'apprête à quitter…

Notre avenir ressemblera-t-il à celui de Soylent Green ? Surveillons le menu. Tant qu'il ne se réduit pas à plaquettes vertes de lentilles de soja…

P.S. : Le Monde avait publié, en date du 21 novembre dernier et dans la rubrique Culture, un article  traitant du même sujet intitulé Mathieu Lehanneur face à l'obscur (sur abonnement).


L'occasion de lire ma chronique intitulée Le monde selon Leroy-Merlin… ou le futur d'hier.


Par Alain Korkos le 02/01/2013

ARRETSURIMAGES.net