Pour éviter d'aggraver sa dette, l'office départemental de logements sociaux de la Charente va recevoir 6 millions d'euros de la Caisse de garantie du logement locatif social et autant du Département. Le protocole a été signé hier.

Le président, Abel Migné (à droite), et le directeur, Olivier Pucek, veilleront à une certaine rigueur dans la gestion.
Photo Phil Messelet

Douze millions d'euros pour repartir du bon pied. Depuis hier soir, Logélia, le plus gros office public d'HLM de la Charente (7 049 logements), voit l'avenir plus sereinement avec ce don apporté pour moitié par la Caisse de garantie de logement locatif social (CGLLS) (1) et par le conseil général.

Épinglé, il y a un peu plus d'un an, par la mission interministérielle du logement social parce qu'il n'était plus capable de s'autofinancer en dépit de bilans positifs, l'organisme a traversé une époque de turbulences qui s'était notamment soldée par l'éviction, fin 2011, de l'ancienne directrice, Corinne Pierre, aujourd'hui réaffectée au service du contentieux juridique.

Le don n'est pas tout à fait gratuit

Le protocole signé hier au siège de Logélia à Angoulême va venir combler - en trois versements, entre l'an prochain et 2017 - les besoins en fonds propres qui faisaient défaut à la structure après les erreurs de gestion passées: «Des programmes parfois trop ambitieux et surtout mal équilibrés», rappelle en substance Olivier Pucek, le directeur général. «Sans cette aide, il nous aurait fallu cinquante ans pour revenir à la situation plus confortable qui était la nôtre auparavant», poursuit-il. Et puis surtout, les moindres réhabilitations et constructions auraient «encore aggravé la dette», dixit Abel Migné, le président. Une ardoise qui engendre des annuités de 15 millions d'euros, soit la moitié de ce que rapportent les loyers. Pour être dans les clous de la tendance nationale, ce chiffre devrait plutôt se situer aux alentours de 12 millions d'euros. «On aurait pu continuer en ne faisant strictement plus rien, mais ça n'est pas du tout notre politique», insiste Olivier Pucek.

Logélia entend poursuivre sa politique d'investissement annuel (40 millions d'euros en moyenne), essentiellement pour réhabiliter un parc vieillissant qui affiche 33 ans de moyenne d'âge. En revanche, plus question de construire à tout va. Le don de la CGLLS et du Département, la collectivité de rattachement de Logélia, n'est pas tout à fait gratuit. Comme déjà indiqué dans nos colonnes en avril dernier, l'office départemental doit consentir à des efforts de gestion. En cinq ans, le mammouth sera dégraissé: de 142 salariés, on passera à 128. Six personnes sont déjà parties, soit volontairement, soit parce que l'heure de la retraite avait sonné. «Pour être clair, il y aura encore quatre non-remplaçements l'an prochain», annonce Abel Migné.

En dehors des opérations de renouvellement urbain (ORU), Logélia ne pourra plus construire sans en référer à ses deux donateurs, d'autant qu'il compte 336 logements vacants. L'office va aussi consentir à se séparer de certaines propriétés, à être encore plus vigilant sur les impayés (3 millions d'euros) et à «mieux équilibrer ses opérations», assure Olivier Pucek. Une «nouvelle esquisse» du programme de Basseau à Angoulême, chiffré à 30 millions d'euros jusqu'alors, a été discutée hier.

Le protocole, en tout cas, sonne le glas du temps où Logélia livrait clés en main les maisons et la voirie, soit presque tout un quartier, sans que ça ne coûte un sou à la collectivité. «Aujourd'hui, ce sont les mairies qui ont besoin de nous et non plus l'inverse, jure Abel Migné. Malgré les pressions politiques, nous sommes désormais en mesure de dire non à un programme qui nous mettrait en difficulté.»

(1) La CGLLS est un établissement public national qui constitue en fait une assurance pour les organismes HLM qui y cotisent chaque année.

6 Novembre 2012 | 04h00 - Mis à jour | 07h52 - Benoit Caurette

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