François Hollande et Ban Ki-moon dans la résidence du secrétaire général de l’ONU à New York

A l’ONU, François Hollande et les dirigeants africains cheminent vers un accord sur une intervention militaire au Nord Mali. A la manoeuvre diplomatiquement, la France ne veut pas paraître en première ligne d'un futur déploiement armé, alors que la question des otages français reste en jeu.

En marge de l’assemblée générale de l’ONU à New York, à laquelle François Hollande assiste pour la première fois comme chef d’état, se tient ce mercredi une conférence sur la situation malienne. Cette réunion, une étape pour le président français qui peine à intéresser l’opinion internationale à l’affaire, rassemble les chefs d'Etat français, sud-africain, nigérien béninois, togolais, nigérian et tunisien ainsi que le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, à qui Bamako a adressé récemment une demande de mandat pour l'intervention d'une force africaine.

Dans le discours qu’il a tenu mardi, le président français a conservé la prudence qui est la sienne depuis le début de la crise malienne. « La France soutiendra toutes les initiatives permettant que les Africains eux-mêmes règlent cette question dans le cadre de la légalité internationale avec un mandat clair du Conseil de sécurité » a-t-il déclaré. Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a quant à lui indiqué clairement qu'il espérait que le Conseil de sécurité adopte une résolution rapide pour permettre une intervention militaire. « Cela fait des mois et des mois qu'on travaille là-dessus, pour la première fois il y a une espérance qui se lève », a-t-il déclaré.   

La France est dans une situation délicate car elle doit aussi négocier la libération des six ressortissants français détenus en otage depuis plus de deux ans par Aqmi au Sahel, menacés d’exécution en cas d’intervention française.

Un engagement français toujours peu clair

Malgré les annonces, le rôle de l’armée française dans une éventuelle intervention militaire n’est toujours pas bien défini. Le gouvernement a exclu que ses troupes interviennent au sol et démenti que les forces spéciales françaises soient déjà en action sur le terrain, même si la zone est bel et bien sous haute surveillance, par le biais de bases militaires régionales réinvesties par l’armée française, notamment au Burkina Faso.

L'intervention de Paris passe par le soutien et la formation aux troupes de la CEDEAO, sur le plan de l’équipement, du transport et du renseignement. La CEDEAO appuierait de son côté concrètement les forces maliennes dans les opérations de terrain.

Une intervention controversée

Outre le problème du temps que prendrait la restructuration de l’armée malienne, voir débarquer sur le sol malien des troupes africaines n’est pas une option qui fait l’unanimité. Le « Collectif des maliens en France pour la paix » souhaiterait par exemple que le peuple soit consulté à travers des élections avant l'arrivée des troupes mandatées par l'ONU.

Quant au politologue malien Cheick Oumar Diarrah, il a récemment confié ses doutes à l’Humanité, mettant en garde contre le risque d’ « appel d’air » pour les djihadistes qu’une intervention africaine provoquerait, et prônant à la place une issue politique par la voie d’une stabilisation démocratique à la tête du pays.

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Clémence Mary

- le 26 Septembre 2012

HUMANITE.fr