Le quartier angoumoisin de Ma Campagne fête aujourd'hui la fin de cinq ans de travaux. Une réussite plutôt encourageante pour les deux autres opérations de renouvellement urbain en cours.

1/3  Marie et Madeleine racontent leur vécu du chantier de l'ORU de Ma Campagne dans
le livre «850 Corps et âmes».Photo Renaud Joubert

"C'est comme appréhender une opération chirurgicale importante, angoissante, mais nécessaire pour vivre mieux après." À ces mots écrits en plein chantier de démolition dans le quartier angoumoisin de Ma Campagne (1), Madeleine pourrait ajouter que l'opération a réussi et que le patient se porte mieux qu'avant. Aujourd'hui, le quartier fête son renouveau en grande pompe après cinq années d'un chantier d'un montant de 95 millions d'euros qui l'a totalement chamboulé. 2007-2012. La première des trois opérations de renouvellement urbain (ORU) lancées en Charente est terminée. Deux autres sont en cours à Basseau-La Grande-Garenne à Angoulême et au Champ-de-Manoeuvre à Soyaux.

Le bilan frôle l'unanimité: des bailleurs, des politiques, mais surtout des habitants, premiers concernés. «La grande majorité est très contente du nouveau visage du quartier, lance Madeleine Guével, animatrice à la MJC, qui habite le quartier et travaille «à reconstruire le lien social qui s'est distendu avec le chantier». En cinq ans, plus de la moitié des logements qui constituaient autrefois les «850» de l'îlot Jean-Moulin sont partis en petits morceaux. Non sans serrement au coeur pour les habitants.

«Il y a moins de casse»

«ç'a été très dur, avoue Marie. On a démoli dix ans de souvenirs, des premiers pas de mon fils à la solidarité des voisins.» Avec le temps, elle s'est faite à sa nouvelle vie dans un nouvel appartement face à l'ancienne ZUP et à son «40». Quand Michèle Dumas est arrivée avec ses parents en 1973, le 40, boulevard Jean-Moulin était encore en construction. «Aujourd'hui, je passe à pied dessus, dit cette habitante qui est devenue l'an dernier présidente de la MJC du quartier. Le pire à vivre? «C'est quand on vous annonce que le bâtiment saute. Vous vous dites "aïe".» Elle ne regrette rien pourtant. «Avant, je ne voyais jamais le soleil. On était dans un "U" avec beaucoup de vis-à-vis. L'été, vous ouvriez votre fenêtre, le voisin avait un oeil sur votre salle à manger! Et les volets étaient tellement cassés que les jours de grand froid, je calais une chaise pour que la fenêtre ne s'ouvre pas.» «Avant, on était collés et on avait froid l'hiver, pointe Yakoutz Terras, qui a élevé ses enfants dans le quartier et y est restée. Maintenant, on voit loin, on a chaud et il y a moins de casse.»

Des mails piétonniers et de nouvelles artères ont été créés avec des espaces verts et des jeux pour les enfants, une nouvelle MJC ouverte, des logements réhabilités. La deux fois deux voies qui enclavait l'îlot a été ramené à taille humaine, comme les nouveaux immeubles. Au point que des gens extérieurs au quartier demandent parfois si ce sont des résidences privées. «On a banalisé le quartier: on ne voit pas la différence entre l'immobilier ORU et les autres», dit Michel Campagni, le directeur d'Intermarché qui travaille actuellement à un projet de rénovation du centre commercial.

«C'est propre et aéré», confirme Gilbert Fauguet, le président de Mieux vivre ensemble, l'association des locataires et habitants de Ma Campagne. Arrivé en 2001 de La Grand-Font, il «préfère cent fois Ma Campagne, encore plus aujourd'hui. Ici, on a tous les commerces.» Ce qui a le plus changé? «C'est l'ambiance: les gens respectent plus leur cadre de vie. On voit moins de dégradations.»

Un sentiment confirmé par le commissaire de police, Cédric Esson. «La situation est relativement apaisée. Même si tout n'est pas réglé, on note peu de violence urbaine depuis un an et police secours n'a aucun problème ici.» Sachant que les lieux ont été pensés pour optimiser la sécurité. «On n'a plus de cul de sac, de zones sombres. C'est beaucoup plus facile pour intervenir.»

L'image du quartier a-t-elle pour autant déjà changé? Ma Campagne, comme les autres zones urbaines de l'agglomération, fait toujours fuir les livreurs de pizzas. «Ils ne viennent pas. Et le soir, on a toujours des rodéos», avoue Michèle, qui habite là depuis 1996. Jean-Luc Migné, le directeur de l'école Jean-Moulin, ne voit pas de miracle non plus dans l'ORU. «C'est une réussite architecturale, mais les nuisances se concentrent sur quelques bâtiments. J'ai des familles qui ne supportent plus les digicodes cassés et le manque de respect. On n'a pas réglé ces problèmes qui sont le fait d'une minorité.»

«Neuf sur dix au chômage»

L'ORU ne résoud pas non plus la misère économique et sociale. La mixité? Jean-Luc Migné, qui espérait l'arrivée de «CSP + et intermédiaires», ne la voit pas dans l'école. Au contraire. «Sur les nouveaux arrivants qui ont inscrit leurs enfants à la rentrée, neuf sur dix sont au chômage. On n'a pas de problème de violence ici, mais le fatalisme d'un certain nombre de familles. Il faudrait que l'image du quartier évolue positivement.»

Un processus long. Mais on note malgré tout quelques frémissements. Les pavillons en location-accession à la propriété commencent ainsi à trouver preneurs (lire encadré) et les gens extérieurs au quartier le fréquentent plus facilement. Ne serait-ce que pour venir à la bibliothèque. Un outil qui cartonne depuis sa réouverture en 2008. «Les prêts et l'activité ont été boostés très rapidement de l'ordre de 25% à 30%, avoue Chantal Syoen, responsable du réseau des bibliothèques de la Ville. On touche de plus en plus de gens hors quartier.» Une note encourageante pour ceux qui vivent en plein chantier à Soyaux et Angoulême. Sachant qu'en terme de mixité sociale, Ma Campagne part de moins loin que les autres. Pour mémoire, le revenu fiscal médian par foyer y était de 12 536 euros en 2006, juste avant l'ORU, quand celui de Basseau- La Grande-Garenne s'élevait à seulement 8 426 euros selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).

(1) Extrait du livre «850 corps et âmes», né de l'atelier d'écriture animé par Claude Rapp qui a rassemblé une dizaine d'habitants entre 2006 et 2008. Le livre est en vente aujourd'hui pendant la fête.

22 Septembre 2012 | 04h00 - Mis à jour | 06h54 - Céline Aucher

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