Najat Vallaud-Belkacem lors de son intervention à la Fête de l'Humanité le 15 septembre 2012
à La Courneuve. (Photo Fred Dufour. AFP)

La ministre Najat Vallaud-Belkacem a été huée et les déclarations antitraité européen se sont multipliées durant le week-end.

«Le changement… le changement… C’est-pas-main-te-nant…» Avec leur version reggae sur l’air de Vive le vent, les deux guitaristes du groupe Manbouss ont fait un carton ce week-end devant le stand de l’Ardèche sur la Fête de l’Humanité. Pour le rassemblement annuel des communistes, l’humeur militante alternait cette saison entre ironie et agacements contre le gouvernement.

Au Front de gauche, on s’impatiente. Plans de licenciements, hausse du Smic jugée trop faible, ratification du traité budgétaire européen par voie parlementaire… Chez les communistes et les partisans de Jean-Luc Mélenchon, on s’énerve d’être «méprisés», dit-on, par François Hollande, après lui avoir apporté des voix le 6 mai.

Egalité. «Dix ministres au Medef. Combien ici ?» a interpellé Mélenchon. Six membres du gouvernement - aucun de premier rang - étaient annoncés à La Courneuve (Seine-Saint-Denis). Trois ont fait le déplacement. Dominique Bertinotti (Famille), George Pau-Langevin (Réussite éducative) et Najat Vallaud-Belkacem (porte-parole, Droits des femmes), invitée à débattre samedi de l’égalité hommes-femmes. Alors que la discussion avait débuté dans le calme, la ministre s’est fait huer par une salle scandant «Référendum ! Référendum !» rappelant leur demande de consultation sur les nouvelles règles européennes.

Autre signe du malaise socialiste en terre communiste, Harlem Désir, prochain premier secrétaire du PS, n’est pas venu samedi après-midi, comme il est de tradition, pour écouter le discours de Pierre Laurent, chef du PCF. Le PS était représenté par Guillaume Bachelay, son futur numéro 2, et son porte-parole, David Assouline. Ce dernier l’a juré : «Harlem Désir est là de tout cœur, matériellement il ne [le] pouvait pas.» Jeudi après-midi, le PS avait pourtant confirmé sa venue à la Fête, avant de revoir son planning…

Le divorce irait-il croissant entre une gauche aux affaires et une autre hors du gouvernement, qualifiée d’«autonome» par Mélenchon, mais se rapprochant de l’opposition ? «Nous ne nous opposons pas à un gouvernement, nous combattons une politique : l’austérité», s’est défendu Pierre Laurent, samedi. «Je n’ai pas le sentiment que le PCF soit sur une ligne de fracture, observe le numéro 1 d’Europe Ecologie-les Verts, Pascal Durand, invité à débattre - sans sifflets -, samedi : «le Parti de gauche [de Mélenchon] est davantage dans une logique oppositionnelle.» André Chassaigne, patron des députés Front de gauche, abonde : «Il n’y a pas de divorce, il y a des choses qui fâchent les militants. La question européenne en est une.»

L’Europe, bataille clivante pour les socialistes et les écologistes, reste un thème efficace pour souder la gauche radicale. «Il faut maintenir ouvert le sillon qui a commencé en 2005», soit la victoire du non au référendum sur la Constitution européenne, plaide Mélenchon. Lui et ses alliés ont appelé à manifester contre le traité européen, le 30 septembre à Paris. «Que l’Europe entière voie que les drapeaux rouges sortis à la Bastille sont toujours là !» s’est enthousiasmé l’ex-candidat Front de gauche. Il souhaite renouveler les succès de ses rassemblements présidentiels. «C’est la manifestation de la rentrée, se félicite Pierre-François Grond, ex-dirigeant du NPA, qui a rejoint le Front de gauche. Ce sera le thermomètre de tous ceux qui veulent dire que Hollande n’est pas assez à gauche.»

Une manifestation antitraité se transformant en rassemblement antigouvernement ? «On veut une manifestation contre le traité pour influer sur le gouvernement . Pas une condamnation définitive de ce qui a été fait», tempère Chassaigne. Mélenchon jure lui aussi ne pas vouloir «être entraîné» dans des slogans antigouvernement : «Il faut fortifier le rapport de force politique», appuie-t-il. Avec l’omniprésence médiatique de son leader, descendre dans la rue reste la dernière arme du Front de gauche pour se faire entendre.

Par LILIAN ALEMAGNA - 16 septembre 2012 à 21:36

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