Les directions existent pour nous aider à nous orienter. Lorsqu’elles sont brouillées, confuses, il devient moins aisé de se trouver son chemin. C’est très exactement le problème qui bouscule le monde politique français aujourd’hui, où tous les repères traditionnels se retrouvent sens dessus dessous et où l’on s’interroge sur la pertinence de garder un découpage politique qui semble de plus en plus archaïque.

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Une partition obsolète

Cette campagne présidentielle aura vu l’émergence du terme UMPS, contraction des sigles UMP et PS utillisée par Marine Le Pen pour mettre en évidence deux manières d’envisager la politique qui, loin de s’opposer, sont en réalité très similaires. Pourtant, l’un de ces partis représente la gauche, l’autre la droite, ne sont-ce pas des directions supposées être différentes ?
 
« La France, (et c'est sans doute pareil dans les autres pays européens), voient s'affronter deux Partis de la bourgeoisie: l'UMP et le PS », explique Fifibrindacier. « On l'a vu en Grèce, en Espagne, en Allemagne... L'un est plus réac et ringard que l'autre sur les questions de société, la belle affaire...! Quand l'un a fait son job, mais qu'il s'est grillé à trop défendre les riches et la finance, on mise sur l'autre canasson, comme aux USA... » Une alternance qui permet de pérenniser le système en donnant au peuple l’illusion du choix de sa destinée.
 
Jean-Claude CRINCKET poursuit l’analyse : « Nos élus, de droite comme de gauche, ont participé à la construction d'une Europe libérale qui prive le politique français de quasi toute action sur le secteur économique et monétaire. Les politiques français ont construit la gare Europe, gare d'où ils regardent passer des trains qu'ils ne contrôlent plus, après en avoir confié les clés à des inconnus ! De droite ou de gauche, tous les élus sont confrontés au même problème : Ils n'ont plus de marge de manœuvre. Ils sont donc contraints à des politiques voisines. Etre de droite ou de gauche n'a donc plus de sens en terme de grandes orientations politiques ! »
 
« Une vision bipolaire est forcément réductrice quand le pays n'est plus qu'un satellite de forces extérieures qui décident de son avenir à sa place », ajoute Hervé LEGAL, « l'essentiel des représentants de la gauche et de la droite se contentant d'accompagner le mouvement quand ils ne l'amplifient pas et de faire croire qu'ils peuvent agir sur les choses alors qu'ils y ont sciemment renoncé... »
 
Les représentants du peuple seraient donc inféodés au système néolibéral, dont la gouvernance surpasserait la leur propre. Réduits dans leur marge de manœuvre et donc contraints d’appliquer une politique similaire, ils faussent l’historique opposition entre la gauche et la droite qui est sensée aider l’électeur à se positionner dans le paysage politique, et à voter en conséquence.
 
Si gauche et droite pratiquent une politique dont les différenciations s’amenuisent, dont les frontières se floutent, peut-être est-il temps de considérer que le clivage qu’elles proposent est, pour une part, obsolète ? C'est ce que pensent certains, qui ne sont d'ailleurs pas forcément dans la mouvance Front National.

Vers un nouvel axe d’opposition ?

Malgré tout, beaucoup semblent encore se revendiquer avec passion de l'un ou l'autre des deux courants politiques majeurs du pays. Une adhésion que certains mariannautes considèrent comme hypocrite, puisque, suivant le (mauvais) exemple montré par les leaders politiques, ces personnes prôneraient des valeurs qui ne trouveraient pas forcément échos dans leurs actes quotidien.

« Qu'en est-il du sentiment d'être de droite ou de gauche ? », interroge Jean-Claude CRINCKET. « Là on touche au déraisonné, au dogme. Combien de "bobos" ou cadres au comportement hautain et condescendant s'autoproclament de gauche ? Combien parmi eux, au nom de la liberté de penser ou d'expression veulent faire taire ceux qui, dans les mots ne défendent pas les mêmes causes ? Combien de militants de droite "dénoncent la "piètre qualité des services publics et de l'enseignement" tout en précisant que, personnellement, ils ont eu de la chance car leurs enfants ont toujours eu de "bons maîtres" à l'école ? Combien d'élus de droite prétendent revaloriser le travail tout en le dévalorisant ? »

« Aujourd'hui les repères sont faussés ! », conclut l'internaute. « Être de droite (ou de gauche) perd de son sens. Peut-être faudrait il reclasser les courants politiques en adoptant des critères se référant davantage à l'homme et à la place qu'il devrait occuper dans la société, plutôt qu'en se référant à un classement remontant à la révolution ! »

Si l’on se réfère aux discours des candidats entendus lors de la campagne présidentielle, hors UMP et PS, il semblerait qu'un nouveau positionnement politique vienne se superposer au traditionnel gauche/droite: les pro et les anti système néolibéral. Un positionnement qui, s'il ne redéfinit pas en profondeur les référents du paysage politique, permet de répondre à l'attente du peuple supposément souverain à influer sur le destin économique de la France. On peut aussi évoquer l'opposition croissance/décroissance.

Et demain ?  Le clivage gauche/droite devra-t-il disparaître, ou au contraire être renforcé afin de proposer des visions réellement différentes ? Devrons-nous inventer de nouveaux repère spatiaux, une nouvelle partition, afin d'adapter la politique à l'évolution de la société ?

Alexandre Coste
 
Journaliste à Marianne chargé de l'animation de la communauté des Mariannautes
 
 
 
 
Sylvie ARCHAMBAULT:

« L'autre jour, chez Taddéi, Debray et Guaino ont échangé sur cette question. Leur point de vue, assez concordant, me semblait éclairer la différence entre droite et gauche de manière beaucoup plus fine que l'échange présenté ici : est ce bien intéressant de fonder cette différence sur les notions de liberté ou d'égalité ? et de vouloir placer un curseur ? : ceux qui privilégieraient l'égalité sur la liberté sur l'égalité seraient de droite, ceux qui privilégieraient l'égalité seraient de gauche ?

Cela me semble simpliste... Tout le monde aspire à la liberté (et les gouvernements de gauche sont en général plus libertaires que ceux de droite) et tout le monde souhaite un monde plus égal et juste, tout au moins en théorie : il n'y a que les idéologies fascistes ou nazies qui font reposer leur construction sociale sur l'inégalité, de race, de culture ou de religion.

C'est donc ailleurs qu'il faut chercher la différence : c'est à mon avis le cadre dans lequel ils veulent appliquer ces deux valeurs qui est différent.
L'homme de droite prend le réel comme un donné, comme une constante intangible, immuable : il part donc du réel pour penser son devenir, il pense qu'un certain ordre (social ou divin) précède la vie humaine, c'est donc à l'individu de s'orienter au mieux dans celui-ci et l'institution, l'état ne sont là que pour gérer et arbitrer les conflits pouvant surgir de ces conduites individuelles. L'état est garant de l'ordre, de la tranquillité publique, pas plus.


Voici pourquoi, à mon sens, on trouve dans la droite des gens plus sensibles aux notions d'ordre, des gens plus individualistes que collectivistes et donc moins sensibles aux injustices (si j'ai réussi c'est que j'ai démontré les qualités pour ce faire, les "pauvres n'ont ce qu'ils méritent, ce sont des fainéants, des assistés), des gens plus conservateurs voire réactionnaires car convaincus d'un ordre originel, ils ne peuvent être que nostalgiques d'un âge d'or idéalisé et disparu, un "avant", où cet ordre était harmonieux, quand un même credo de tous le soutenait.

De là vient aussi le "principe de réalité" de la droite néolibérale actuelle qui soutient que rien ne peut être changé et le profond mépris de cette droite extrême pour les gens de gauche qui selon eux se réfugient dans leur utopie parce qu'ils ne sont pas capable d'œuvrer sur le réel.


Les gens de gauche vivent le présent avec l'œil fixé vers le futur, vers un idéal. L'ordre parfait n'est pas préexistant il est à venir : il voit l'homme en marche vers une société du bonheur, un bonheur personnel qui ne peut passer que par le bonheur de tous, car comment être heureux personnellement tant que la collectivité produit du malheur pour d'autres ? et comment me sentir libre quand ma liberté enchaîne d'autres ? Liberté et égalité sociale sont liées, car comment puis-je me sentir libre en droit si je suis entravé par ma servitude sociale ?

L'homme de gauche se voit en lien, dans le collectif plus que l'homme de droite : c'est le contrat social de Rousseau où l'homme originel a aliéné une part de sa liberté pour le bien commun et, chacun aliénant une même part de liberté à la collectivité, personne n'y gagne, personne n'y perd. L'état n'a donc plus alors du tout la même nature ni les mêmes fonctions que pour les gens de droite : de simple arbitre entre les intérêts particuliers, il devient le garant de ce pacte social et le responsable de sa mise en œuvre et l'acteur de ce projet commun.
»

 

MARIANNE2.fr