27 kilomètres, 1 170 mètres de dénivelé autour d'Angoulême. Jack Gasté, du club Nordic Charente, a dégoté un itinéraire de randonnée digne des Pyrénées, mais en pleine ville.

Jack Gasté, trésorier du club Nordic Charente, a également emmené des membres des Randonneurs de l'Angoumois
mardi en reconnaissance. Photo Renaud Joubert

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? ça pourrait être la devise de Jack Gasté, l'un des défricheurs de chemins du club Nordic Charente, qui a emmené une dizaine de personnes mardi pour un périple digne de la haute montagne... dans Angoulême. 27,5 kilomètres au compteur GPS, 1.170 mètres de dénivelé, 6h22 de marche effective. «Angoulême est une ville extraordinaire, car on y trouve des sentiers tout près de la ville avec un dénivelé digne de la montagne», lance Jack Gasté, qui guidera son club sur le même itinéraire le 3 juin prochain, mais en marche nordique.

L'équivalent, en dénivelé, du parcours de Chamonix à la Mer de Glace. Ou, au choix, d'un zozo qui serait prêt à monter et descendre une vingtaine de fois la rue Edouard-l'Escalier, le long du CGR. Sauf qu'ici, on part du Petit-Fresquet, un pied dans le gris du bitume, un pied dans le vert de la vallée de l'Anguienne.

Il pleut sur Angoulême. Le Kway est de rigueur. ça goutte dans le col, mais ça n'empêche pas de grimper au-dessus de Fontgrave, de retraverser l'Anguienne, d'empiéter largement sur le territoire de Soyaux avant de jouer aux montagnes russes avec le Plateau, via une escale pique-nique à Montauzier.

Un festival de lieux insolites

Un itinéraire en yo-yo, qui croise autant le chemin de terre, boueux sous la pluie, que le bitume et les escaliers urbains, les vallées fleuries comme les barres de HLM. «J'ai le goût de chercher de nouveaux itinéraires, trouver des endroits insolites, dit Jack Gasté, qui fait partie des anciens du CAF de l'Angoumois à avoir créé les itinéraires des GR 4 et 36 en Charente dans les années 70, et siège au comité départemental de randonnée pédestre. L'idée est de changer de paysages en faisant découvrir une ville dont on ignore beaucoup de passages.»

Des jardins potagers planqués à Saint-Martin, un sentier secret derrière le lycée Marguerite-de-Valois, des rampes et escaliers insoupçonnés qui ont pour nom Lucien-Charlemagne, Chemin de fer à Saint-Martin ou Jean-Faure, des rues riquiqui, comme celles du Soleil-Levant ou de Jean-Baptiste de la Quintinie, ou encore le balcon offert sur la vallée de l'Anguienne par le Chemin de Tivoli. Jusqu'au tunnel des anciennes carrières qui mène au restaurant La Cigogne et permet de rejoindre les fontaines du Cerisier et Charlemagne.

«Vous avez vu le chevreuil ?», demande le randonneur de tête. Ben non, on était en queue de peloton. Dans les bois de Soyaux, il faut savoir faire profil bas et refermer le parapluie pour ne pas rester scotché aux branches... Le temps de traverser l'avenue du Général-de-Gaule, bref retour à la civilisation automobile, et on y replonge aussitôt.

Question panorama, de toute façon, ce n'est pas le bon jour. Le ciel est si gris qu'on pourrait se croire dans le Plat Pays. A la différence que notre cathédrale est loin d'être notre unique montagne. Qui s'est déjà amusé à attaquer la Grand-Font par toutes ses faces ? A descendre côté nord pour y remonter par la rampe Victor-Hugo, y replonger par la rue Henri-Bellamy pour mieux grimper la rue Ferdinand-Pelletier. «C'est du vice», rigole Jack Gasté. Pas plus que la suite.

«C'est une rando ?, demande un passant croisé dans l'escalier de la rue Léonard-Jarraud. J'ai jamais vu ça !» Et encore, on n'a pas les deux bâtons de marche nordique. Ceux qui manquent aux militaires. C'est le 8-Mai. On n'est pas là pour voir le défilé, mais on tombe dessus en remontant la rue Edouard-Escalier. Le défilé militaire, ce serait plutôt la méthode de marche Alfa, «bras tendus, allure martiale», glisse Jean-Jacques Maguérez, le président du club Nordic Charente, qui, lui, prodigue une autre méthode. Pas forcément évidente dans les bois derrière la ferme des Valettes, mais pratique dans les quartiers de Saint-Gelais et Saint-Ausonne. La rando touche à sa fin ? Il ne faut pas se fier à la carte, car avec Jack Gasté, le chemin le plus court est rarement le meilleur.

Club Nordic Charente. Contact: Jean-Jacques Maguérez, 05 45 68 02 89 ou 06 04 15 91 69. maguerez.jean-jacques@neuf.fr

Céline Aucher

12 Mai 2012 | 04h00 Mis à jour | 08h39 

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