UNE SURPRISE PEUT EN CACHER UNE AUTRE
Sarkozy se retrouve à résoudre une équation quasi insoluble: attirer à la fois les électeurs frontistes et ceux de François Bayrou...
Ce dimanche de premier tour nous aura réservé à la fois une bonne, une demi et une grosse surprise. La bonne surprise est venue des Français eux-mêmes qui contrairement à ce que pronostiquaient les sondages se sont rendus massivement aux urnes. Cette participation massive démontre l'importance toute particulière que les citoyens accordent à l'élection du Président de la République, considérée comme un moment clé de la vie démocratique de notre pays.
Cette mobilisation dans les urnes exprime également la conscience aiguë des Français qui, en pleine crise, sentent bien qu'ils se retrouvent aujourd'hui face à des enjeux fondamentaux pour leur avenir et celui de leurs enfants. La grosse surprise est évidemment le score historique de Marine Le Pen qui, même si elle est éliminée, se retrouve à la tête d'un capital-voix nettement supérieur à celui de son père en 2002.
Cette percée spectaculaire se fait au détriment de Jean-Luc Mélenchon qui s'était vu un peu trop vite dans la position du 3e homme. François Bayrou ne réédite pas son bon score de la dernière présidentielle et, faute d'avoir su dynamiser sa campagne, termine cinquième, en dessous des 10%. La demi-surprise concerne les deux finalistes. Les électeurs de François Hollande ont confirmé les derniers sondages qui régulièrement le plaçaient en tête devant le président sortant.
Quant à ce dernier, il subit de plein fouet ce que de nombreux observateurs y compris dans son propre camp avaient vu venir depuis déjà un grand moment: ce vote de premier tour a d'abord été un référendum anti-Sarkozy. Ce «TSS», «Tout sauf Sarkozy» qui avait fait flop en 2007 s'est transformé en une véritable déferlante de mécontentement.
Pour la première fois sous la Ve République, un président sortant arrive second au premier tour. Une place calamiteuse. Un handicap d'autant plus important que Nicolas Sarkozy, faute d'avoir réussi l'opération assèchement des voix du FN qu'il avait menée avec succès en 2007, se retrouve au contraire face à une Marine Le Pen en situation de force. Et qui entend bien pousser son avantage: dès hier soir, elle annonçait une recomposition de la «droite nationale» autour d'elle... Sarkozy se retrouve à résoudre une équation quasi insoluble: attirer à la fois les électeurs frontistes et ceux de François Bayrou...
L'avenir de François Hollande, sans être totalement dégagé, s'annonce plus rose. Même si Jean-Luc Mélenchon n'est pas décidé à ranger son chiffon rouge dans sa poche, bien au contraire, même s'il se refuse expressément à appeler à voter socialiste, Hollande aura pu au moins enregistrer avec soulagement la détermination de son ancien «camarade» de «faire battre Sarkozy». Mais avant ça, il y aura... le 1er mai. Ce jour-là, et Marine Le Pen et Mélenchon, ont décidé en effet de rassembler leurs troupes. Une double démonstration de force qui risque de faire du bruit et des vagues.
23 Avril 2012 | 04h00
Mis à jour | 07h26




