Contrairement à ce qui avait été un temps envisagé par Nicolas Sarkozy, il est désormais presque exclu que sa «grande amie Angela» accepte d'assister à un de ses meetings de campagne. Le renoncement de la chancelière allemande ne tient pourtant pas aux réticences récentes des conseillers en communication de l'Elysée dont on sait qu'ils étaient peu séduits par cette forme d'ingérence étrangère jugée contre-productive. Non, si on peut d'ores et déjà parler de rendez-vous de campagne manqué, c'est à cause de la surprise courroucée qu'a provoqué Outre-Rhin le dernier meeting de Nicolas Sarkozy.

A peine remis des propositions unilatérales du candidat-président qui, il y a une petite quinzaine, souhaitait remettre à plat les accords de Schengen, voici en effet les Allemands cueillis à froid par une nouvelle proposition qu'ils étaient bien loin d'attendre de la part du locataire de l'Elysée. Nicolas Sarkozy exige maintenant que soit ouvert un débat sur le «rôle» de la Banque centrale européenne ! Un «rôle» dont il a expliqué en primeur aux cent mille Français réunis au meeting de la Concorde qu'il devrait être de... soutenir la croissance.

A Berlin, on avait certes déjà entendu ça. Mais c'était quand François Hollande proposait de renégocier le traité d'union budgétaire. Et que Nicolas Sarkozy raillait son adversaire socialiste en dénonçant son «amateurisme» et en expliquant que cette idée était du dernier saugrenu; que si la gauche gagnait le 6 mai, les Français deviendraient tous des Grecs... Et puis voilà que «l'ami Nicolas» s'y met à son tour ? Kolossale trahison du pacte franco-allemand ! Kolossale légèreté française !

Face à pareille mauvaise manière faite à l'Europe et surtout à la sacro-sainte rigueur budgétaire teutonne, le porte-parole du gouvernement allemand a exprimé hier sa «conviction profonde» que la BCE continue «à exercer son mandat de manière totalement indépendante de la politique». Et comme si cela ne suffisait pas à faire rentrer les choses dans l'ordre, les Allemands ont glissé avec une tranchante malice que cette conviction était «connue à Paris»... Quelles leçons tirer de cet épisode un rien surréaliste ? Qu'en campagne électorale, les plus grandes convictions sont souvent évolutives. Nicolas Sarkozy vient d'en donner plusieurs fois la preuve. Que ce revirement brutal témoigne d'une fébrilité certaine du président sortant qui à deux reprises n'a pas hésité, pour un objectif purement électoraliste, à jouer avec l'Europe, dont il prétend pourtant être, avec Merkel, le co-timonier. Mais aussi (et sans doute, vaut-il mieux ne retenir que ce bon côté des choses) que l'idée de concilier rigueur et croissance pour sortir de la crise n'était pas une utopie réservée aux seuls socialistes, à Obama ou au «Financial Times». Et qu'elle pouvait être partagée.

Il reviendra au futur président français, quel qu'il soit, de le faire comprendre à nos partenaires allemands. Mais ça, c'est une autre histoire.

17 Avril 2012 | 04h00 - Mis à jour | 09h59
Jacques Guyon

CHARENTELIBRE.fr