Les projets de tracé vers Hendaye et Toulouse doivent être entérinés aujourd'hui à Bordeaux. Début du chantier prévu en 2017

Si les partisans de la ligne ont l'avantage, le combat est loin d'être terminé. (archives F. Cottereau/ « so ») 

Pour les partisans des prolongements de la ligne à grande vitesse au sud de Bordeaux, c'est une vraie belle étape. Pour les opposants à ces projets, c'est une journée sombre. Pour les Aquitains qui espèrent prendre un jour le train, il faudra encore patienter, peut être dix ans, avant de voir la grande vitesse desservir Agen, Bayonne ou Mont-de-Marsan. Car le comité de pilotage du Grand Projet Sud-Ouest (GPSO), qui se tient aujourd'hui à Bordeaux sous la présidence du préfet de région, sonne la fin d'un premier très long round de discussions et de négociations dans l'émergence d'un projet qui pèse tout de même aujourd'hui 12 milliards d'euros.

Deux projets en un

Cela fait plus de dix ans que ce dossier de la grande vitesse secoue la chronique dans le Sud-Ouest. Mais c'est seulement au milieu des années 2000 que furent organisés les deux débats publics préalables au lancement du projet, fin 2005 pour le Bordeaux-Toulouse et fin 2006 pour le Bordeaux-Espagne. C'est en 2007, après accords entre les élus aquitains et midi-pyrénéens, que les projets des deux prolongements au sud de Bordeaux, soit quelque 460 kilomètres, ne forment plus qu'un. Le Grand Projet Sud-Ouest était né, avec un tronc commun d'une cinquantaine de kilomètres jusqu'à Captieux.

Le projet de tracé qui sera arrêté aujourd'hui et transmis au ministre des Transports, qui devrait l'approuver d'ici à la fin du mois de janvier, est le fruit de 8 comités de pilotage, 120 réunions avec les élus sur les territoires et plus de 250 réunions de concertation diverses. Les études ont coûté 50 millions d'euros.

Le calendrier des deux prochaines années est pour le coup assez cadré. Pour une raison assez simple. Pour boucler le financement de la ligne Tours-Bordeaux cette fois, dont les travaux vont démarrer dans les prochains jours pour s'achever mi-2017, l'État a sollicité des financements importants de collectivités locales qui n'étaient pas sur le tracé de la Tours-Bordeaux.

Les prochains rounds

Le Conseil général des Pyrénées-Atlantiques, la Région Midi-Pyrénées et plusieurs autres ne sont pas engagés si loin de leurs terres sans garantie. Nathalie Kosciusko-Morizet a rappelé dans « Sud Ouest » le timing. Le GPSO fera désormais l'objet d'une double instruction à l'échelon central. La nouvelle haute autorité environnementale émettra un avis. Puis viendra le temps de l'enquête publique sur le terrain, au premier semestre 2013. Le Conseil d'État pourrait alors déclarer le projet d'utilité publique au plus tard fin 2014. Pour que les travaux vers Toulouse et vers Hendaye puissent démarrer en 2017, il faudra boucler la négociation financière.

Et cela risque d'être une autre paire de manches. Dans ces temps de disette budgétaire, il faudra alors très probablement solliciter le secteur privé. Comme pour le Tours-Bordeaux, où le groupe Vinci a été retenu aux côtés de grands groupes financiers (Axa, Caisse des dépôts…), le secteur privé sera probablement sollicité.

12 milliards à trouver

L'État et les collectivités locales devront aussi s'entendre sur un engagement privé. Le projet coûte 12 milliards, dont 5,5 milliards pour le Bordeaux-Toulouse et 1 milliard de plus pour le Bordeaux-Hendaye. Un nouveau gouvernement aura peut-être une autre vision pour le financement de la ligne. Mais il faudra trouver 12 milliards en « euros 2011 ». Ce sera peut-être 14 milliards en euros 2017. Le GPSO est le plus gros des projets partis en France et portés par le Grenelle de l'environnement. Il est très demandé à Toulouse et contesté en Pays basque. Mais il est aussi un grand projet de transport européen sur l'axe Bruxelles-Madrid.

Les partisans mènent aux points aujourd'hui. Mais le combat est loin d'être terminé.

Les élus basques à Bordeaux
  

Il y a fort à parier que la rue Vital-Carles, où se tiendra le dernier comité de pilotage du projet avant la mise à l'enquête publique des projets de LGV au sud de Bordeaux, sera mise sous surveillance. Une délégation de quelque 80 élus basques est d'ores et déjà annoncée ce lundi après-midi.

Une majorité d'élus est en fait farouchement opposée à la construction de la ligne nouvelle entre Bayonne et Hendaye. 36 kilomètres qui ne passent définitivement pas. « Je ne vois pas l'intérêt d'un investissement de 2 milliards d'euros pour un gain de 14 minutes entre Bayonne et San Sebastian », explique Roland Hirigoyen, le président de la communauté de communes Nive Adour.

Les élus comme les associations avancent leurs études alternatives. Il n'y aura pas de saturation de la ligne existante avant 2030 ou 2035, a même indiqué un rapport du Conseil général de l'environnement et du développement durable. « Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas engager le projet », rétorque-t-on à Réseau ferré de France. Le projet coûteux d'enfouissement (tunnels ou tranchées couvertes) de 13 des 36 kilomètres ne rassure pas les élus. Le Pays basque, où il y a une intense activité foncière pour contrer le projet, n'a pas dit son dernier mot.

06h00 | Mis à jour 09h45 - Par Jean-Bernard Gilles

SUDOUEST.fr