La pétition a été postée hier soir, au lendemain de la journée internationale des droits de l'enfant, une date symbole
qui ne doit rien au hasard. Photo Phil Messelet

Au milieu du parking de la poste de Soyaux, un tas d'enveloppes s'amoncelle sur le sol. Elles contiennent les signatures de 500 des parents des 10 écoles de Soyaux - 800 élèves au total - remontés contre le livret personnel de compétence et ont été envoyées hier soir au président de la République, à l'inspecteur d'académie et à la préfète.

Parents et enseignants tirent à vue sur ce livret. «Il y a des tonnes de compétences à évaluer. C'est figé, binaire, flou dans la formulation et irréversible. En plus, quand une compétence n'a pas été évaluée, elle est considérée comme non acquise.» Ils plaisantent: «Ce n'est pas un livret, il n'est pas personnel et il ne porte pas sur les compétences.»

Les enseignants, craignent les parents, seraient transformés en super-évaluateurs. Selon certains calculs, pour remplir toutes les cases de ce livret, il faudrait tester les élèves sur 25 points chaque jour de l'année scolaire!

«Nous refusons que nos enfants soient fichés, justifie Ludovic Champion, parent d'élève. Ces fichiers électroniques appartiendront à l'État, mais aussi aux entreprises qui les fabriquent. Les parents n'auront qu'une copie. Nous sommes inquiets de la façon dont vont circuler ces données à l'heure où les fichiers se vendent et s'échangent.»

Réactions très fermes

Enseignants et parents sont allés à la rencontre des élus du département. Ils ont obtenu le soutien des députés et sénateurs qui, chacun à sa façon, ont promis de relayer le combat. «La FCPE [Fédération des conseils de parents d'élèves, NDLR] s'y associe, souligne Olivier Pegurri, un parent. C'est un mouvement qui est en train de prendre de l'ampleur.» Julien Peyrault, directeur de l'école Jean-Monnet, confirme: «D'autres régions se mobilisent. Dès que les collègues se rendent compte de ce que ça implique, ça engendre des réactions très fermes.»

Dès l'an dernier, les enseignants de Soyaux s'étaient mobilisés: 48 sur 50 avaient refusé de l'appliquer. Depuis la rentrée, ils n'ont pas fait davantage de zèle: «Nous n'avons pas reçu d'injonction de le mettre en place, sourit Xavier Favre, enseignant à Jean-Moulin. Les cadres de l'Éducation nationale doivent se sentir un peu en porte-à-faux.»

Laurence Guyon
22 novembre 2011 | 04h00  Mis à jour | 07h43

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