Inauguration hier à Cerizay des locaux de Mia Electric, concepteur de la voiture électrique Une renaissance après la tempête qui a failli balayer Heuliez Le traumatisme n'a pas disparu.

Ségolène Royal s'est appuyée sur «l'exemple réussi de sauvetage d'Heuliez et du lancement de la voiture électrique» pour présenter son «plan de reconquête industrielle et de création d'emplois par la croissance verte». Photo AFP

Ne dites plus Heuliez. Dites Mia Electric.» Sur la chaîne de montage hier après-midi, un ouvrier discret occupé à assembler des éléments de la nouvelle voiture électrique conçue et fabriquée à Cerizay, dans les Deux-Sèvres, apporte une précision «essentielle» à ceux qui l'interrogent.

Sourire crispé, il regarde avec détachement la marée humaine déambuler dans le gigantesque hangar flambant neuf - 2 hectares sur un site de 4 - et s'agglutiner autour de la présidente du conseil régional, Ségolène Royal. Comme s'il était indifférent à l'inauguration d'une usine symbolisant pourtant «une véritable résurrection», selon les mots répétés par les officiels venus couper le ruban. «Il faut que vous compreniez qu'ici, on a passé de très mauvais moments. Les plans de licenciements à Heuliez, cela a traumatisé les gens pour longtemps, traduit Hervé Motin, responsable de la ligne de montage, un ancien d'Heuliez embauché chez Mia Electric. Alors aujourd'hui, les salariés ont du mal à s'enthousiasmer. Ils attendent de voir si la voiture se vend.»

«Rappelez-vous ce qu'on disait de nous il y a deux ans: "Heuliez, la chronique d'une mort annoncée", se souvient Émile Brégeon, longtemps syndicaliste chez Heuliez et porte-parole des ouvriers pendant les crises, aujourd'hui conseiller régional. Il faut du temps pour tourner la page. Je crois que ce qui se passe aujourd'hui va permettre de le faire.»

Commandes locales et internationales

Le passé douloureux, Edwin Kohl, le président de Mia Electric, n'en dit plus un mot. Hier, l'entrepreneur allemand s'est ingénié à parler d'avenir et à rassurer les sceptiques. «Nous étions 35 il y a un an. Nous sommes 280 aujourd'hui. Nous serons 420 à la fin de l'année. On produira alors une Mia toutes les 14 minutes. Nous attendons des commandes de Grande-Bretagne, des Pays-Bas, de Norvège, de Belgique, de Tchéquie, de Grèce, de Chine...»

Localement, Angoulême et son agglomération ont déjà signé pour une quinzaine de voitures par an d'ici 2013. «Pour La Rochelle, ce sera une vingtaine tout de suite. On dépassera la centaine d'ici trois ou quatre ans, a calculé Maxime Bono, le maire du chef-lieu de Charente-Maritime. À terme, c'est toute notre flotte de véhicules thermiques que nous remplacerons par de l'électrique.»

Le conseil régional Poitou-Charentes lui aussi roulera en Mia: une centaine de véhicules électriques aux couleurs de la collectivité devraient bientôt sillonner les routes. Pour Ségolène Royal, davantage candidate à la primaire socialiste que présidente de région hier, «l'exemple réussi de sauvetage d'Heuliez et du lancement de la voiture électrique» a été l'occasion de présenter son «plan de reconquête industrielle et de création d'emplois par la croissance verte». Un plan qui «vise la création de 500 000 emplois nouveaux en cinq ans».

Cinq cent mille, c'est selon elle le «nombre d'emplois industriels détruits depuis 2002». «La France a même perdu 2,3 millions d'emplois industriels en trente ans par les délocalisations, les licenciements boursiers, la disparition d'activité. Elle doit faire le choix de la conversion écologique de l'économie.»

Dans la foule, les ouvriers et les habitants de Cerizay présents ont applaudi. Mais beaucoup ont voulu corriger les propos de l'ouvrier croisé sur la chaîne de montage, désireux de tourner la page d'Heuliez: la naissance de Mia Electric ne signifie pas que la société historique est morte est enterrée. «Heuliez existe toujours, là, juste à côté: elle emploie 500 personnes, continue d'assurer ses missions de sous-traitance, de réaliser des produits spécifiques», insiste Johnny Brosseau, le maire de la commune. C'est notamment elle qui réalise les châssis de la Mia. L'entité juridique Heuliez est cependant indépendante de la société Mia Electric. Un grillage a été installé entre les deux entreprises. Même les entrées sont distinctes. Désormais, quand on emprunte l'allée où trône depuis des lustres la statue de Louis Heuliez, le fondateur de la maison, c'est pour entrer chez Mia Electric. Tout un symbole.

Les chiffres

3. Le nombre de versions de la Mia. Il y a la Mia trois places (2,87 mètres de long), la Mia L (3,19 mètres) avec un volume de chargement de 420 litres et la Mia U (3,19 mètres de long, 759 kilos).

110. La Mia peut atteindre 110 km/h. Son autonomie est de 90 à 150 kilomètres.

19 550. C'est en euros le prix de la Mia. Elle pourra coûter moins de 15 000 euros avec bonus écologique et aides comprises. Pour les habitants du Poitou-Charentes, la Région apporte notamment une aide complémentaire à l'éco- bonus de 4 010 euros et de 2 010 euros pour les entreprises et les collectivités.

1 000. C'est la production mensuelle de voitures électriques que la direction de Mia Electric ambitionne d'atteindre. Pour le moment, la production est de 45 par mois.

35. En millions d'euros. C'est l'argent investi dans l'entreprise selon la direction générale.

Le marathon charentais de Ségolène Royal

C'est un marathon que la présidente de la Région et candidate à l'investiture socialiste pour la présidentielle, Ségolène Royal, va courir ce week-end en Charente. Elle sera en fin de matinée aujourd'hui à La Couronne, reçue par l'un de ses soutiens, le maire et conseiller général Jean-François Dauré.

Elle fera un tour du marché avant de déjeuner avec des jeunes et de se pencher sur l'avenir menacé du poste de police. Entre-temps, vers midi, elle aura visité à Angoulême à Ma Campagne le site du futur stade d'athlétisme. À 16 heures, elle sera à la libraire Chapitre dans la galerie du Champ-de-Mars pour y dédicacer son manifeste, un livre de 150 pages: «Lettre à tous les résignés et indignés qui veulent des solutions» (éditions Plon, 9 €).

Elle sera ensuite vers 17h30 à la foire-expo de Barbezieux puis, une heure et demie plus tard, à Cognac pour Coup de chauffe. Enfin, en soirée à Angoulême, sur le parvis de Magelis, pour «La Charente se fête» proposée par le conseil général. Demain en milieu de matinée, Ségolène Royal sera au marché de Victor-Hugo à Angoulême pour une nouvelle séance de dédicaces et une autre rencontre avec les citoyens.

CHARENTELIBRE.fr