25/06/2011 à 00h00

Un agent du ministère des Finances a tenté de se suicider en pleine réunion, vendredi. 

Par LUC PEILLON

C’était la réforme exemplaire. Celle qui n’avait pas fait de remous. La fusion entre les services des impôts et du Trésor, entamée à l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, était jusqu’ici présentée comme la tête de proue de la révision générale des politiques publique (RGPP), ensemble de mesures destinées à tailler dans les dépenses et les effectifs de l’Etat. Vendredi matin, c’est par un acte désespéré qu’un agent de Bercy a brisé l’image idyllique de cette réforme.

En pleine réunion du comité d’hygiène et de sécurité (CHS) du ministère des Finances, un représentant du syndicat Force ouvrière (FO), travaillant à la trésorerie de Moselle, a avalé un tube de médicaments devant sa hiérarchie. «Il a pris le micro pour exprimer ses propres souffrances, ainsi que celles de ses collègues, avant de passer à l’acte, rapporte, encore sous le choc, une personne présente à la réunion. C’était très violent, très brutal.» Hospitalisé dans la foulée, l’agent, hors de danger, devrait retrouver sa famille aujourd’hui. «C’était un militant très impliqué sur la question des conditions de travail, complète Laurent Auburcin, responsable FO Finances. Or lui-même se disait harcelé par sa hiérarchie.»

Et de rapprocher cet acte de la trentaine de suicides recensés tous les ans au sein du ministère, sur les 165 000 agents qu’il compte. Un chiffre que ne conteste pas l’administration. Elle rappelle néanmoins que «quasiment aucun de ces suicides n’a eu lieu au travail». Quant aux trois personnes qui ont mis fin à leurs jours ces deux dernières semaines dans les locaux du ministère, «au moins un, voire deux [suicides], sont d’ordre privé», insiste-t-on à Bercy.

Pour les syndicats, la saignée dans les effectifs, et ses conséquences sur l’organisation du travail, reste une réalité. «Nous perdons maintenant près de 3 000 emplois par an, explique Laurent Auburcin. Nous en sommes au non-remplacement de deux départs sur trois à la retraite, contre un sur deux dans le reste de la fonction publique.» Preuve de la souffrance vécue par les agents, selon le responsable CFDT Damien Leroux, dont l’organisation a réalisé une enquête : «54% des gens chez nous se disent stressés, contre 52% à France Télécom, et 18% dans le reste de la population.» Cet acte d’un syndicaliste intervient deux mois à peine après le terrible suicide d’un responsable du syndicat SNU au ministère du Travail.

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