Le futur centre commercial du Champ-de-Manoeuvre sort de terre à Soyaux Mais aucun des actuels commerçants, que la mairie indemnisera, n'est encore décidé à s'y installer début 2012.

SyxCh2MMurCentreCial

Les murs du futur centre commercial sortent de terre, mais personne ne sait encore
qui viendra s'y installer...  Photo Renaud Joubert

Ça m'impressionne vraiment. Je suis impatiente de voir à quoi ça ressemblera une fois terminé.» En train de ranger des photos d'identité dans son sac, Nicole Chaduteau est à l'arrêt devant les engins qui construisent depuis quelques semaines le futur centre commercial du Champ-de-Manoeuvre, sur la place Jean-Jacques-Rousseau de Soyaux. Un centre dont Roger Robin, qui habite non loin de là, attend beaucoup: «Surtout les personnes âgées, obligées de prendre le bus pour aller faire leurs courses plus loin.»

Durant le premier trimestre 2012, le nouveau centre commercial, avec son toit végétalisé et ses espaces verts, devrait ouvrir ses portes à la clientèle. Mais ouvrir ses portes sur quels commerces ?

La question se pose toujours aujourd'hui. «La seule chose que l'on sait, c'est qu'aucun des commerçants de l'actuel centre commercial n'y va !», assène Vincent Peyret, le pharmacien. Le plus grand flou persiste donc, alors que l'Etablissement public d'aménagement et de restructuration des espaces commerciaux et artisanaux (Epareca) est en train de construire neuf cellules et une supérette de 570 m2.

«On dirait qu'ils font comme si tout le monde y allait ! Or on construit sans savoir qui on va mettre dedans», raille le pharmacien en rappelant qu'il n'a reçu, comme les autres commerçants, que deux visites de représentants de l'Epareca. «Et encore, les deux fois où ils sont passés, c'est à l'improviste et je n'avais pas le temps de les recevoir», raconte Daniel Laville, qui tient le tabac-presse.

A La Grande-Garenne il y a deux ans

«Ils se rapprocheront des commerçants une fois que les travaux seront aux trois quarts finis, témoigne Michel Dufant, le boulanger dépositaire de presse du centre commercial de La Grande-Garenne, qui a connu la même situation il y a deux ans. Et là, ils lanceront une sorte d'ultimatum. Aux commerçants de se défendre et de faire bloc, notamment pour négocier le montant des loyers.»

Le montant des loyers, c'est justement ce qui fait bondir au Champ-de-Manoeuvre. Des loyers, selon le site de l'Epareca, «d'une moyenne annuelle de l'ordre de 100 € par mètre carré, modulé selon les activités et les surfaces». Et c'est là où ça tique pour les deux pharmaciens associés, qui verraient leur loyer majoré en raison de leur activité. Dur à avaler, d'autant qu'actuellement les commerçants sont propriétaires de leurs murs.

Pourtant, il semblerait que cette somme soit largement surestimée par rapport aux loyers réellement appliqués. «Il ne faut rien lâcher dans la négociation. Pour nous, cela a duré un an et il faut être toujours vigilant», insiste Dominique Lasnier, le fleuriste de La Grande-Garenne, également conseiller municipal d'Angoulême.

La procédure d'expropriation lancée

Malgré trois contacts différents à l'Epareca, pourtant tous en charge du dossier du Champ-de-Manoeuvre, nous n'avons pu poser les questions que nous souhaitions. François Nebout, le maire de Soyaux n'a guère plus de contact avec l'établissement public. Il ne connaît toujours pas la nature des commerces qui s'installeront ou l'enseigne de la supérette. Selon son site, l'Epareca est à la recherche d'un salon de coiffure, d'une boutique de téléphonie, d'une boulangerie et d'une boucherie, en plus des cinq cellules réservées aux actuels commerçants.

En attendant, la mairie, qui doit indemniser les commerçants, a lancé sa procédure d'expropriation de l'ancien centre commercial. «Mais nous allons de toute façon négocier les montants d'indemnisation à l'amiable, insiste François Nebout. Les uns et les autres ont des exigences, c'est normal, et nous ne sommes pas bornés.»

Pas de folie à La Grande-Garenne

Ils l'avouent sans détours. Les commerçants de La Grande-Garenne, qui ont quitté l'ancien centre commercial pour le nouveau il y a un peu plus de deux ans, ont gagné en confort de travail et visibilité. «Ce centre commercial a apporté un plus», reconnaît Michel Dufant, le boulanger. Mais comme les autres, ni sa clientèle ni son chiffre d'affaires n'ont fait de bond extraordinaire.

Depuis le début, les commerçants reprochent les charges trop lourdes que leur facture l'Epareca. «On reçoit une facture sans autre forme d'explication, alors on paie», soupire le coiffeur, Miloud Benchoubou. «Mais quand il y a un trop-perçu, ils nous le reversent», précise Dominique Lasnier le fleuriste. Avant que ce dernier, élu municipal en charge... du commerce ne mette le doigt sur un autre souci: «L'Epareca ne respecte pas les clauses de non-concurrence, très importantes pour des commerces de proximité.»

Ainsi, on trouve du pain ou des fleurs à la supérette, alors qu'un kebab est venu s'installer à côté d'un bar qui proposait des plats sur commande.

   CHARENTELIBRE.fr