Un mois après son départ de Tunisie, dans une embarcation avec 180 immigrés, Kamel Jarai a mis pied à terre à Amiens. Il raconte son périple et sa déception une fois arrivé en France.

Pour rejoindre l'île de Lampedusa,
Kamel a déboursé 1000,- €    
(Photo d'archives)

Depuis quinze jours, Kamel Jarai, un homme de 33 ans originaire de Djerba, a trouvé refuge chez son frère à Amiens. Il a quitté la Tunisie, il y a tout juste un mois, dans un bateau de pêche avec 180 immigrants : une majorité de Tunisiens, mais aussi des Libyens, des Marocains, des Algériens... Vingt-quatre heures de périple pour rejoindre Lampedusa (île italienne entre la Tunisie et la Sicile).

« Si j'ai quitté mon pays, c'est que depuis la révolution, il n'y a plus rien à faire. Je travaillais dans le tourisme à Djerba, et aujourd'hui, les touristes ont déserté les lieux et les hôtels sont vides. » Avant la révolution, Kamel pouvait gagner entre 30 et 40 € par jour grâce au tourisme. « Notre pays est en sécurité désormais, mais ces derniers temps, je n'avais plus rien en poche pour me nourrir. » 

Son seul espoir : suivre l'exemple de milliers d'immigrants qui ont rejoint l'île de Lampedusa. L'homme a sorti ses quelques économies, il a emprunté à des proches pour récolter les 1 000 € destinés au passeur. « Nous étions 180 dans notre petite embarcation. Ce jour-là, nous n'étions pas le seul bateau à quitter la côte tunisienne. Un petit bateau de pêche qui nous précédait a même coulé. Je ne sais pas ce qu'est devenue la cinquantaine de passagers ».

L'homme a les larmes aux yeux en pensant à son cousin, disparu en mer quelques semaines avant. Kamel a eu plus de chance : « Durant la traversée, la mer était calme. Nous étions les uns sur les autres. À tour de rôle, on échangeait nos places pour pouvoir s'asseoir. Mais j'ai passé la majeure partie du temps à dormir debout ».

Kamel est resté quinze jours à Lampedusa où il dit avoir été bien suivi par les associations humanitaires sur place. Jusqu'au jour où il a obtenu son titre de séjour provisoire.

Pas une minute à perdre, il part pour l'Italie et décide de rejoindre Amiens, par le train, afin de retrouver son frère qui y réside. « J'avais 500 € sur moi et j'ai dû débourser 350 € rien que pour les billets de train. J'ai été contrôlé quelquefois par les policiers, mais je n'ai jamais eu aucun souci. Ils ne m'ont pas demandé si j'avais suffisamment d'argent sur moi pour subvenir à mes besoins ».

Arrivé à Amiens, Kamel va vite déchanter. « Quand on est en Tunisie et que l'on voit beaucoup de touristes, on a une certaine image de la France. Mais une fois sur place, la réalité est totalement différente. »

Il garde un mauvais souvenir à proximité de la gare d'Amiens. « J'ai vu des sans domicile fixe dormir sur des cartons. Je les ai pris en photo et vais les montrer à mes proches en Tunisie. Qu'ils voient la réalité en face. »

Car aujourd'hui, il n'a qu'une seule envie : « Je me rends compte que ma place n'est pas en France. Il n'y a pas de travail ici. Je vais retourner au plus vite à Djerba, sachant que les touristes seront bientôt de retour. »

CHRISTOPHE BERGER

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