La garde-frontière tunisienne a tiré mardi en l'air pour disperser des foules de réfugiés fuyant l'insurrection en Libye et cherchant à franchir le point de passage de Ras Jdir.

Les gardes tunisiens laissent entrer les fuyards, pour la plupart des expatriés, mais, débordés par leur afflux, ils ne sont pas en mesure de gérer en temps réel les formalités d'immigration.

La foule se presse contre le mur de béton érigé dans le no man's land entre les postes libyen et tunisien, attendant que les douaniers tunisiens entrouvrent une grille métallique bleue pour laisser entrer au compte-gouttes les immigrants.

Impatients, certains migrants jettent leurs sacs par dessus le mur et tentent de l'escalader, poussant les gardes tunisiens à les bastonner, puis à tirer en l'air pour maîtriser les mouvements de foule.

Dans la cohue, certains se sont évanouis et ont dû être évacués par des équipes du Croissant-Rouge, a constaté l'envoyé spécial de Reuters sur place.

"La tension croît. Mais les Tunisiens n'ont pas encore perdu le contrôle", confie Hovig Etyemezian, un responsable de la sécurité du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Un officier de l'armée tunisienne confirme que ses hommes maîtrisent la situation mais se plaint que les gouvernements étrangers concernés n'en fassent pas plus pour rapatrier leurs ressortissants.

"Nous avons besoin d'une évacuation très rapide. Le point faible, ce sont les transports aériens et maritimes", précise le colonel Mohamed Essousi.

Des milliers de travailleurs égyptiens employés en Libye se considèrent comme abandonnés à leur sort par leur gouvernement.

"Quand est-ce qu'on va nous sortir de là? C'est inacceptable. Qu'on me donne un chameau, je veux juste rentrer chez moi!" se lamente un Egyptien parqué dans un camp à quelques kilomètres de la frontière.

Des informations font état de l'envoi par l'Egypte de deux navires chargés de rapatrier ses ressortissants, mais les bâtiments n'avaient toujours pas fait mardi leur apparition au large des côtes tunisiennes.

Dépourvus de tous moyens de paiement pour regagner leur pays, nombre de réfugiés sont contraints de dormir à la belle étoile depuis plusieurs jours, en dépit du temps humide et froid.

Le HCR a étendu la nuit dernière son camp de tentes du côté tunisien afin de pouvoir héberger 10.000 personnes. Mais, signe de l'ampleur de l'exode, il envisage maintenant de carrément doubler sa capacité d'accueil.

Par Reuters

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