Nouvelle mobilisation ce matin contre la réforme des retraites. Le mouvement tend à se radicaliser. Pour la journée du 12 octobre, des actions spectaculaires pourraient être mises sur pied.

Il y a une demande de radicalisation. Les gens ne comprennent pas qu'on continue de se promener tranquillement dans les rues de la ville et qu'il ne se passe rien.»

Boris Bardin est catégorique: secrétaire départemental adjoint de Force ouvrière, il sent clairement que la température monte dans les rangs des opposants au projet de réforme des retraites, alors qu'une nouvelle journée de contestation est organisée aujourd'hui (lire encadré). Que le printemps des contestations polies est en train de laisser place à une rentrée sociale de plus en plus brûlante. Et radicale.

«La base est mécontente et c'est dur à gérer», traduit Boris Bardin.

La semaine dernière à Angoulême, les organisations syndicales «traditionnelles», CGT, FO, CFDT et CFTC, ont d'ailleurs été débordées sur leur gauche par le collectif de défense des retraites de la Charente. Un collectif qui regroupe cinq syndicats CGT (Crédit agricole, Véolia-Citram, douanes, ANPE et ex-DDE), ainsi que le Parti de gauche, le NPA, Attac, SUD et deux associations locales, «Ensemble pour Soyaux» et Acaress qui émane de la liste PC-LCR des dernières municipales à La Couronne.

La veille de la manifestation du 23 septembre, dans la soirée, le collectif avait prévenu par un mail:  «Demain après la manif, action surprise (discrétion oblige) du collectif des retraites. Rendez-vous à l'arrivée de la manif vers 12h30 à la gare.»

C'est à ce moment-là que tout a dérapé.  (...)

«Il faut arriver à un blocus»

Bilan: quelques plaies au cuir chevelu, (...)

Les responsables syndicaux avaient été prévenus. Au cours de discussions préparatoires à la manifestation, William Lliso, adjoint au directeur départemental de la sécurité publique, avait été on ne peut plus clair: «J'avais dit aux responsables syndicaux qu'ils pouvaient manifester, bloquer des routes et des ronds-points, c'est leur droit. Mais j'avais aussi dit qu'il y avait des limites. Et la limite, c'est quand la sécurité n'est plus assurée. Sur les voies, le danger est trop grand.» Il avait donc indiqué qu'il y aurait recours à la force pour contrer toute tentative d'intrusion sur les voies de chemin de fer. La discussion, informelle, avait regroupé des représentants de la CGT, de l'UNSA, de la FSU et de la CFDT.

Responsable du collectif qui a tenté le passage en force, Jean-Pierre Bellefaye assure ne pas avoir été informé de ces préconisations. «L'activité ferroviaire est une clé de l'activité économique. Face à un gouvernement qui ne bouge pas et se moque des mobilisations, il faut en arriver à bloquer l'économie. C'est pour ça que nous voulions occuper les voies», explique-t-il. Il fait partie de ceux qui sont convaincus que l'heure est venue de hausser le ton. «Le gouvernement refuse toute concession et toute négociation. Il est donc désormais nécessaire de bloquer l'économie.» D'aller au-delà des simples manifestations. Quitte à laisser des adolescents en première ligne face à des policiers matraque à la main? «Il n'y avait pas tant de lycéens que ça. En outre, nous avons contribué à organiser le repli vers l'extérieur. Sur le coup, on n'a pas eu peur, mais la réaction disproportionnée des forces de l'ordre m'inquiète. Ils ont matraqué bien plus que ne le nécessitait la situation», dénonce le syndicaliste.

Aujourd'hui, ses troupes ne devraient pas approcher de trop près des voies ferrées. «Ce n'est pas prévu. Mais se radicaliser, c'est un débat qui traverse les différentes organisations syndicales». Seul un sit-in sera organisé devant la gare vers 11h45, à la fin de la manifestation classique. Le 12 octobre, la musique ne devrait plus du tout être la même. «Il faut en arriver à un blocus, comme en 1995 et 2005», analyse Jean-Pierre Bellefaye. Boris Bardin, de FO, est plus direct: «Il y a une montée du mécontentement qui doit se traduire. Le 12 octobre, le mouvement sera plus important.» Et de promettre des actions spectaculaires et coup de poing. «Il n'est pas question de casser ou de dégrader, c'est clair. Mais la colère est là, les gens en ont marre». Le ton a changé, le bras de fer se durcit.

DATES
23 mars. (...)     27 mai. 10.000 à 15.000 manifestants (...)  24 juin   (...)   7 septembre.
23 septembre. 23.000 personnes redescendent dans les rues d'Angoulême. Des incidents (...)

Nouvelle journée de mobilisation contre le projet de réforme des retraites aujourd'hui. En Charente, le rendez-vous est fixé à la gare d'Angoulême à partir de 10h. À l'appel du collectif de défense des retraites, un sit-in sera organisé devant la gare à partir de 11h45. Le 12 octobre, une nouvelle journée d'action, qui devrait être plus massive, est aussi programmée.

À Cognac,
le rassemblement change de lieu, pas la détermination. (...)

À Confolens,
les manifestants sont appelés à se rassembler ce matin à 10h (...)

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